En Sibérie, au cœur de l’Altaï, une étrange formation géologique cachait une tombe royale. À l’intérieur, les restes de plusieurs chevaux adultes offrent de nouveaux éléments sur les pratiques funéraires des peuples scythes.
Dans le sud des steppessteppes sibériennes, à la frontière de la Mongolie, se situe un site archéologique attisant la fascination des professionnels. Au sein de la République de Touva, dans l’Altaï, un tumulus funéraire était repéré en 2013 lors d’une analyse d’images satellitaires.
À partir de 2017, des experts sont envoyés sur place pour fouiller le lieu, baptisé Tunnug 1. La découverte est nimbée de mystère : ce qui apparaît comme un tombeau royal abritait en son sein les restes d’une personne et de 18 chevaux. Les archéologues se sont penchés sur ce site singulier, qu’ils mettent en parallèle avec des écrits d’HérodoteHérodote datant du Ve siècle avant J.-C. Le journal universitaire Antiquity relayait le fruit de leurs recherches dans un article publié en décembre 2024, dressant de nouvelles conclusions quant aux pratiques funéraires de la Sibérie antique.
Les cavaliers spectraux de la steppe
En premier lieu, les archéologues ont tenté d’établir les premières traces anthropologiques à Tunnug 1. La datation de fragments de céramiquescéramiques permet de remonter à une occupation aux alentours de 2500 avant J.-C. Le tumulus, ou kourgane, est cependant plus récent. Il aurait été érigé entre le IXe et le VIIIe siècle avant J.-C., en plusieurs stratesstrates, sur un diamètre de 140 mètres. Les chercheurs distinguent trois « clusters » dans lesquels les fragments d’os de chevaux ont été retrouvés.
Les ossements ont été disposés là volontairement, suivant les funérailles de l’individu retrouvé au même endroit. Des analyses au carbone 14 des restes et de la structure en boisbois permettent d’estimer que cette dernière aurait été bâtie entre 833 et 800 avant J.-C., avec une probabilité estimée à 95,4 %. Divers artefacts étaient dispersés dans le kourgane, dont des pointes de flèches ou encore des cylindres et des bijoux forgés dans un alliage de cuivre.
Ce type de tombe s’est répandu dans la vallée d’Uyuk, toujours dans la République de Touva. Elle se révèle caractéristique de la culture scythe, mais le cas de la tombe de Tunnug 1 intrigue. L’inhumation de chevaux démontre leur importance pour les populations locales, qui les utilisaient pour se déplacer, mais aussi pour la guerre.
Une culture de Sibérie étudiée par le premier historien de l’Histoire ?
L’étude publiée dans Antiquity insiste sur l’importance des chevaux dans les régions d’Asie centrale, depuis les plaines de Mongolie jusqu’à l’ouest de la Sibérie. Hérodote, considéré comme le premier historienhistorien de l’histoire ayant vécu entre 484 et 425 avant J.-C., détaillait déjà le mode de vie de peuplades vivant au nord de la Volga dans son Scythikos logos. Si les sources du savant grec et leur fiabilité sont parfois questionnées, ses écrits sont parmi les premiers à faire état des sociétés semi-nomades d’Eurasie et d’Asie.
Au-delà de ces observations, les universitaires constatent aussi la reproduction des pratiques funéraires scythes dans la région, toujours rattachées à la domesticationdomestication du cheval et l’utilité de monde équestre. Un héritage se perpétuant depuis plus de 2 000 ans, jusqu’à nos jours, dans des pays comme la Mongolie et plusieurs régions de la Russie.