Bienvenue dans la salle de « guerre spatiale » où la France se prépare à l’impensable

paultensor
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« Res, non verba » autrement dit, « des actes, pas des paroles ». C’est la devise du Commandement de l’Espace de l’Armée de l’AirAir et de l’Espace. Une expression bien adaptée à cet environnement, puisque dans l’espace « personne ne vous entendra crier »… Il faut agir et vite, car les conséquences de ce qui se passe en orbite concerne sur Terre tout le monde, qu’il s’agisse des populations civiles ou des opérations militaires. Au Cnes, à Toulouse, dans la salle d’opération du Commandement de l’Espace (CDE), on se prépare à la guerre spatiale, du moins, on s’y entraîne.

Dans cette vaste pièce ovale, appelée le « Floor », le silence est de mise alors que 170 militaires sont présents pour former un centre de commandement opérationnel. Pas de fusils d’assaut, de casques ou de gilets pare-balles, mais de grandes tablées bardées d’ordinateurs. Des écrans géants sont disséminésdisséminés ici et là. L’exercice qui s’y déroule dure 15 jours et tout se passe en temps réel. Il est unique en Europe et porteporte le nom bien gaulois d’AsterX. Il met en scène 4 000 objets spatiaux, 18 événements dans l’espace sur toutes les orbitesorbites, et 10 types de menaces différents.

Un scénario réaliste et complexe

Pour ce qui est du scénario de départ, toute ressemblance avec une situation conflictuelle actuelle est une pure coïncidence… ou pas. À l’ouest, l’État d’Arnand. Un pays politiquement affaibli et instable. À l’est, MercureMercure, un pays plutôt agressif qui a envahi une partie de son voisin lors d’un conflit qui s’est déroulé il y a un an. Depuis un cessez-le-feufeu, une DMZ – une zone démilitarisée – a été mise en place à la frontière des deux pays. Mais, depuis peu, les tensions sur cette zone évoluent défavorablement.

Par sécurité, Arnand est en train d’évacuer ses habitants. Un autre pays, Celtica, rapatrie également ses ressortissants de cette zone. Et justement, alors que Mercure dit évacuer les siens de cette zone, les satellites et les systèmes de renseignement de Celtica montrent que l’État belliqueux est en train de déposer des troupes et des systèmes militaires sur ce territoire. Pour Celtica, il est essentiel de réagir et de redonner la souveraineté à Arnand face à l’agression de Mercure. Mais voilà… tout comme Celtica, Mercure est très bien équipé militairement, en plus d’être totalement désinhibé et agressif.

Un largueur de satellites offensifs

Outre la guerre au sol, en mer et l’air, Mercure fait aussi peser sa menace dans l’espace avec son armada de satellites, ses systèmes de guerre électronique et cyber. Et en orbite, Mercure dispose d’une étrange navette. Les renseignements des forces spatiales viennent de l’observer en train de larguer un train de six nanosatellites, près d’un satellite d’observation de Celtica. Les experts déterminent qu’il s’agit de nanosatellites expérimentaux dont l’un d’eux, qu’ils baptisent Norbet, semble être équipé d’un système lui permettant de faire une manœuvre de rapprochement. Après une période de test en orbite, Norbet quitte le train pour se rapprocher du satellite d’observation de Celtica. Débute alors un ballet spatial menaçant avec comme issue, une attaque directe de Norbet pour frapper le satellite de Celtica.

Dans la salle des opérations, la section des forces spatiales, dédiée aux manœuvres en orbite, effectue des calculs pour repositionner le satellite et le protéger. Les données sont ensuite fournies et saisies par les opérateurs de ce satellite. La collision a été évitée de justesse… Pour cette fois. Ce type de porte-satellites n’est pas que virtuel. Comme Futura l’a expliqué la semaine dernière, les États-Unis souhaitent lancer ce type de transporteur de satellites le plus rapidement possible.

Coopération et interopérabilité accélérées

C’est à partir de ce type de situation virtuelle, mais très crédible qu’ont planché 170 militaires français du Commandement de l’espace et leurs alliés durant 15 jours, jusqu’à la fin du mois dernier. Cette année, AsterX va plus loin en ne s’arrêtant pas uniquement à la guerre spatiale, mais en la mixant et en la coordonnant avec les autres armées, que ce soit la marine, l’armée de terre, l’aviation et même les cybercombattants. Et puisque les engins spatiaux peuvent être à la fois civils et militaires, des experts du Cnes, de l’Onera et des industriels du spatial (Agenium, SafranSafran Data System, Ariane Group, Crisotech, Exotrail, DeliaStrat, Look Up et MBDA) sont aussi présents.

Pour aller encore plus loin dans le réalismeréalisme et la complexité, les forces spatiales doivent se coordonner avec un allié dans leurs missions. Autrement dit, le dialogue et la coopération entre ces différents universunivers sont essentiels pour mener à bien les missions.

Il y avait un colonel de réserve de l’Armée de l’Air et de l’Espace plutôt connu dans la salle des opérations. Il faut dire que c’est le seul des militaires à avoir évolué en orbite. © AAE

Une guerre spatiale qui impacte les civils

Les missions se sont enchaînées de façon intensive chaque jour avec d’un côté, les rouges, c’est-à-dire Mercure. De l’autre, les bleus : Celtica, à savoir, les forces françaises et leurs alliés. Enfin, les blancs supervisaient le jeu et assuraient les fonctions d’officier de liaison entre les différents corps d’armée. Car la guerre dans l’espace commence sur Terre et sur mer.

Et justement, la mer, c’est le terrain de jeu qu’a choisi Mercure pour mener une autre opération d’agression. Parmi les navires de la flotte de Mercure, le Kupsa brouille les systèmes satellitaires de la coalition alliée. Les satellites radar et d’imagerie sont impactés et les capacités de reconnaissance altérées. Le Kupsa va plus loin dans ses attaques, il brouille ensuite un satellite de communication, puis cible le GPS. La navigation devient difficile pour les navires et les avions, même civils. Avec leur officier de liaison, les marins de la coalition, positionnés à proximité de la flotte adverse, se coordonnent avec les forces spatiales pour parvenir à neutraliser les capacités du Kupsa. Il s’agit de frapper ce navire à partir de l’arsenal de la flotte de Celtica. La menace est écartée rapidement. 

Ce n’est pas tout ! Un système de missilemissile antisatellite positionné au sol, directement et illégalement sur le territoire d’Arnand par Mercure, menace également un satellite. En liaison avec l’Armée de l’air, pour protéger les satellites, les forces spatiales demandent à une nuée d’avions de chasse de détruire cet équipement. Là encore, la menace est vite neutralisée.

La cyberguerre de l’espace

Enfin, si dans l’espace on n’entend pas de cris, les cyberattaques sont toutes aussi silencieuses. Pour que la coalition cesse de contrarier ses projets, Mercure mène une attaque cyber d’ampleur sur le centre de commandement des alliés. Les écrans de la salle de contrôle de la force affichent des messages d’erreur : un virus de type cryptolockercryptolocker se propage comme une traînée de poudre. Les ordinateurs sont verrouillés massivement. Les membres de la composante spatiale vont devoir poursuivre leur mission en mode dégradé. Ils font immédiatement appel aux cybercombattants du Comcyber. Les protocoles de secours sont mis en place et tout bascule sur les systèmes de sauvegarde. Les satellites de la force continuent de transmettre des données, mais la situation reste précaire. Très rapidement, les efforts des cybercombattants permettent de rétablir la pleine capacité du poste de commandement.

Ces trois scénarios ont été « joués » par les militaires. Si l’on est très loin des guerres de l’espace à la Star Trek, la menace spatiale est désormais une réalité. C’est ce que prouve le conflit ukrainien. Les signaux GPS sont brouillés, les satellites menacés et sans StarlinkStarlink, les forces ukrainiennes deviendraient aveugles. Et tout ceci n’est pas de la simulation. De plus, la défense de l’espace n’est pas uniquement une affaire de militaires. Sans les satellites, ce sont de nombreuses applicationsapplications civiles qui seraient impactées, qu’il s’agisse de la simple navigation par GPS avec un smartphone ou bien celle d’un avion de ligne. C’est pourquoi avec ce type d’exercice inédit, cette force spatiale cherche à monter en puissance en collaborant avec les industriels civils du secteur spatial.

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