Dans son histoire, la Terre a connu des éruptions volcaniques massives. Des super-éruptions. Et elles ont eu un effet sur le climat de notre Planète tout entière. Un effet majeur. Mais finalement peut-être pas aussi dramatique que le pensaient jusqu’ici les chercheurs.
Une éruption volcanique, c’est généralement soudain. Parfois puissant. Toujours impressionnant. Et les chercheurs le savent depuis longtemps maintenant, les éruptions volcaniques peuvent avoir un effet sur notre climat. Un effet plus ou moins important, selon l’ampleur et la nature de l’éruption. Selon la position du volcan sur la planète aussi. Et même selon la saison à laquelle se produit l’éruption.
Lorsque le mont Pinatubo (Philippines) est entré en éruption en juin 1991, il a éjecté vers l’atmosphère quelque 5 km3 de matièrematière. Des cendres et du dioxyde de soufresoufre (SO2) notamment, qui se sont dispersés dans toute la stratosphèrestratosphère et y ont perturbé la propagation de la lumièrelumière. Résultat, les températures mondiales ont baissé de quelque chose entre 0,2 et 0,5 °C.
Une super-éruption au Guatemala il y a 79 500 ans
L’éruption du mont Pinatubo, c’est l’éruption la plus puissante de ces 100 dernières années. Mais il arrive que les volcans explosent de manière bien plus violente que ça. Ce fut le cas du Tambora (Indonésie), en 1815. Le volcan a éjecté pas loin de 300 km3 de matière dans l’atmosphère. Provoquant une année sans été. Ou au moins avec des températures inférieures à la normale d’environ 1,3 °C.
Et puis, il y a celles que les scientifiques qualifient réellement de super-éruptions. Parce qu’elles crachent dans l’atmosphère de la TerreTerre, des volumesvolumes de matière de l’ordre de 1 000 kilomètres cubes ! Elles demeurent rares. Les chercheurs n’en ont pas identifié plus de quelques-unes au cours des 100 000 dernières années. Parmi elles, celle sur laquelle des chercheurs de l’université de Saint Andrews (Écosse) ont travaillé. La super-éruption dite de Los Chocoyos et qui s’est produite dans le système volcanique d’Atitlán au Guatemala. Quand ? C’est justement ce que les experts en sciences de la Terre viennent de clarifier. Dans la revue Nature Communications Earth and Environment, ils expliquent avoir trouvé des cendres liées à un dépôt de sulfate volcanique extrêmement important dans les carottes de glace du Groenland et de l’AntarctiqueAntarctique. De quoi fixer la survenue de cette super-éruption à il y a 79 500 ans.
Des températures mondiales en baisse pendant seulement quelques décennies
Mais ce n’est pas tout ce que révèlent leurs travaux. Car ces carottes de glacescarottes de glaces cachent aussi des enregistrements climatiques détaillés. Ainsi, leur analyse permet aujourd’hui aux chercheurs de déconstruire une théorie qui prévalait jusqu’ici. Une théorie selon laquelle les super-éruptions seraient capables de déclencher un refroidissement si intense qu’il pourrait provoquer une période glaciaire. Ces nouveaux résultats montrent en effet que si le climat mondial a bel et bien été perturbé par l’éruption de Los Chocoyos, elle n’a déclenché aucune catastrophe climatique. Les températures mondiales sont même revenues à la normale dans les décennies qui ont suivi.
Mais, inutile d’espérer qu’une super-éruption puisse nous « tirer l’épingle du changement climatique anthropique du pied ». Les scientifiques estiment en effet que la probabilité pour que l’une d’elles se produise dans les 100 prochaines années n’est que de 0,12 %.
C’est peut-être la raison pour laquelle certains sont aujourd’hui tentés de faire le pari de la géoingénierie. D’injecter des particules de soufre dans l’atmosphère pour simuler l’effet sur le climat d’une telle super-éruption. « Nos résultats améliorent notre compréhension de la résiliencerésilience du climat aux injections de sulfate stratosphérique à l’échelle des super-éruptions. Continuer à identifier les plus grandes éruptions volcaniques dans les carottes de glace et à leur attribuer des âges de haute précision est essentiel pour notre compréhension du risque que représentent les injections majeures de sulfate stratosphérique pour le climat mondial », conclut Helen Innes, auteure principale de l’étude, dans un communiqué de l’université de Saint Andrews.