Rappelez-vous, en avril 2024 une petite bombe avait explosé dans le domaine de l’archéologie avec l’annonce de progrès extraordinaires dans le déchiffrementdéchiffrement des désormais mythiques papyrus d’Herculanum en combinant des technologies de pointe, notamment avec des sources de rayons X permettant une sorte de tomographietomographie de ces papyrus souvent quasiment carbonisés et l’utilisation de l’IAIA.
Les chercheurs engagés dans l’entreprise de déchiffrement de ces papyrus, que l’on croyait sans doute perdus à tout jamais à cause de l’éruption tout aussi mythique du Vésuve à Pompéi, ont fait savoir ce mois de février 2025 qu’ils avaient obtenu un nouveau résultat. Il semble que ce soit toujours avec un texte rédigé en grec exposant les idées de Philodème de Gadara, un philosophe épicurien d’origine syrienne, mais très hellénisé car il avait étudié à Athènes auprès de Zénon de Sidon, alors à la tête de l’école épicurienne avant notre ère.
Un papyrus romain d’Oxford
En avril 2024, le texte déchiffré avait révélé de nouvelles informations sur Platon. Que va livrer la lecture attentive du texte aujourd’hui extrait du rouleau PHerc. 172, l’un des trois rouleaux d’Herculanum conservés à la bibliothèque Bodléienne, la plus prestigieuse des bibliothèques de l’université d’Oxford (établie en 1602, elle doit son nom à son fondateur, Thomas Bodley, bibliothécaire du Merton College) ? Ce rouleau fait l’objet d’une d’étude via le Vesuvius Challenge (un concours portant sur la création de technique d’apprentissage automatique, de vision par ordinateurordinateur et de géométrie pour lire les rouleaux d’Herculanum et qui déjà a décerné 1 500 000 $ de prix).
Une présentation de la saga associée au décryptage des papyrus d’Herculanum avec des rayons X. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Brigham Young University
En tout état de cause, on sait déjà que l’image du texte du rouleau pratiquement déroulé (scanné à la Diamond Light Source de Harwell en juillet 2024 avec les rayons X de ce synchrotron), montre une partie considérable du papyrus avec quelques colonnes de texte (avec environ les 26 dernières lignes de chaque colonne). Le communiqué de l’université d’Oxford précise tout de même que l’un des premiers mots à être décrypter sur l’image était διατροπή qui en grec ancien signifie « dégoût ».
Le saviez-vous ?
Les chercheurs ont dû utiliser une idée ingénieuse afin de distinguer l’encre des lettres sur les papyrus à l’aide de rayons X. En effet, l’encre utilisée à l’époque était fabriquée à partir de carbone issu des résidus de fumée, ce qui rend sa densité quasi identique à celle des feuilles de papyrus carbonisée. Mais il existe tout de même une différence d’indice de réfraction pour ces deux matériaux avec des rayons X qui ne s’y propagent donc pas à la même vitesse.
Comme ils l’ont expliqué il y a des années dans un article publié dans Nature Communications, les chercheurs ont utilisé cette caractéristique pour faire des expériences avec l’une des lignes de lumière disponible avec l’ESRF (European Synchrotron Radiation Facility), le célèbre synchrotron de Grenoble. En outre, l’encre n’ayant pas pénétré dans les fibres végétales des papyrus, les lettres dépassent de la surface des rouleaux de quelques centaines de microns, ce qui permet d’utiliser la tomographie X en contraste de phase (XPCT) sur deux des rouleaux d’Herculanum.
Les résultats obtenus à l’époque étaient déjà prometteurs, permettant de reconstituer un alphabet grec presque complet et aussi de lire quelques mots.
Une IA qui nécessite toujours des humains pour lire un papyrus
Le communiqué d’Oxford explique : « Le rouleau d’Oxford, offert au début du XIXe siècle par Ferdinand IV, roi de Naples et de Sicile, s’est révélé unique parmi les matériaux d’Herculanum en raison de la composition chimique de son encre, qui apparaît plus clairement dans les scanners aux rayons X. Les chercheurs émettent l’hypothèse que l’encre pourrait contenir un contaminant plus dense, comme le plomb. »
Le même communiqué précise aussi : « La technique de machine learningmachine learning utilisée pour ce projet se concentre uniquement sur la détection de la présence d’encre – les modèles n’ont aucune compréhension du langage et ne peuvent pas reconnaître les caractères. Par conséquent, la phase suivante de cette entreprise – la transcriptiontranscription et la traduction du texte – est confiée à l’expertise de chercheurs humains. »
Richard Ovenden, bibliothécaire à la bibliothèque Bodléienne et Helen Hamlyn directrice des bibliothèques universitaires, y déclarent également : « C’est un moment incroyable dans l’histoire, car les bibliothécaires, les informaticiens et les érudits de la période classique collaborent pour voir l’invisible. Les progrès étonnants réalisés dans le domaine de l’imagerie et de l’IA nous permettent de regarder à l’intérieur de parchemins qui n’ont pas été lus depuis près de 2 000 ans. Ce projet est un parfait exemple de la complémentarité des bibliothèques, des sciences humaines et de l’informatique dans leur expertise pour comprendre notre passé commun. »
Pour en savoir un peu plus sur la saga des papyrus d’Herculanum, voici ce que Futura avait expliqué plus en détail dans un précédent article.
Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Curiosity Stream
Des textes perdus retrouvés grâce à l’imagerie moderne en rayon X
Tout avait commencé il y a presque 10 ans, quand des physiciensphysiciens avaient entrepris de réaliser l’impossible : décrypter les rouleaux de papyrus quasiment carbonisés dont les longueurs sont comprises entre 3 et 15 mètres retrouvés à partir de 1752 dans l’une des villas d’Herculanum.
Cette cité a été préservée pour les générations futures en même temps que celle de Pompéi en 79 après J.-C. suite à l’éruption du Vésuve. Contrairement à Pompéi qui a été ensevelie sous des cendres, Herculanum l’a été par des coulées de boue dont les températures devaient avoisiner les 300 à 330 °C. Les papyrus ont donc été largement carbonisés mais par la suite, la boue les a protégés de l’action de l’oxygène et de l’humidité, ce qui n’a pas été le cas des écrits qui se trouvaient à Pompéi, détruits par les cendres chaudes.
Les spécialistes ont rapidement essayé de lire ces papyrus, mais l’entreprise s’est révélée très souvent délicate car bien des tentatives et des méthodes utilisées pour les dérouler conduisaient à la dégradation, quand ce n’est pas à la destruction pure et simple des papyrus.
Nous savons tout de même aujourd’hui que ces papyrus faisaient partie de la bibliothèque de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, encore appelé Pison. En plus d’être le beau-père de Jules César et un politicien influant dans la Rome antique, Pison était un protecteur des arts et de la philosophie.
Sa bibliothèque, la seule de l’Antiquité qui nous soit parvenue complète, contenait notamment des textes rédigés en grec de Philodème de Gadara. On avait fini par savoir que les textes de Philodème contenaient des fragments d’œuvres perdues appartenant au corpus de la philosophie stoïcienne, mais aussi des extraits des œuvres d’AristoteAristote et de Théophraste.
Malheureusement, la majorité des rouleaux pas complètement carbonisés restaient impossibles à décrypter mais cela n’a pas découragé les papyrologues, philologues, historienshistoriens et physiciens du XXIe siècle qui disposent d’outils dont ne pouvaient pas rêver leurs collègues d’il y a plus d’un siècle. Depuis 2015 donc, il a été notamment entrepris d’abord de scanner les rouleaux aux rayons X selon une méthode similaire à celle utilisée en médecine, dans le cas présent par la tomographie X en contrastecontraste de phase (XPCT). Plus récemment, c’est l’IA qui est entrée dans la danse pour aider à reconstituer les textes inscrits sur les papyrus en analysant les données prises en rayons X et les premiers résultats vraiment spectaculaires sont là.