Le breadcrumbing professionnel consiste à entretenir de faux espoirs chez un salarié en lui promettant des opportunités sans jamais les concrétiser. Qu’il soit involontaire ou conscient, ce management flou pousse les employés à rester engagés sans de réelles perspectives d’évolution. Pour échapper à ce type de manipulation, pas d’autres choix que d’obtenir de la transparence dans les objectifs et d’évaluer si l’entreprise offre de véritables chances d’avancement.
Vous pensiez que les techniques de drague douteuses restaient confinées aux sites de rencontre ? Détrompez-vous. Le vocabulaire amoureux s’invite de plus en plus au bureau, avec son lot de pratiques douteuses. Après le fameux ghosting, place au breadcrumbing. Une technique bien connue des cœurs malmenés, qui fait aujourd’hui des ravages dans le monde professionnel.
Imaginez : votre manager vous parle depuis des mois d’un projet « en or » sur lequel vous seriez LA personne idéale. Ou encore d’une augmentation de salaire qui serait « dans les tuyaux ». Vous y croyez, vous vous investissez à fond, vous ne comptez plus vos heures… mais toujours rien. Juste assez d’encouragements pour vous maintenir en haleine, jamais assez pour concrétiser. Vous êtes victime de breadcrumbing, version travail.
Ce mot-valise anglais désigne littéralement des « miettes » jetées ici et là pour entretenir l’espoir. Il s’agit souvent de petits signes d’intérêt comme des SMSSMS sporadiques ou des Likes sur les réseaux sociauxréseaux sociaux, envoyés pour maintenir quelqu’un dans l’attente, sans jamais s’engager. Un jeu de dupes qui n’est pas sans rappeler l’amour courtois du Moyen Âge, où l’attente entretenait supposément le désir.
Belles paroles et miettes croustillantes
Dans le monde du travail, le breadcrumbing se traduit par des promesses floues, des pseudo-avancées, des projets fantômes. On vous appâte avec de belles paroles, mais au bout du compte, vous tournez en rond. Le plus ironique ? Ce n’est pas toujours de la manipulation consciente. Parfois, les managers n’ont tout simplement rien à offrir de concret et préfèrent entretenir le flou plutôt que de risquer de perdre un collaborateur.
Mais il arrive aussi que ce soit plus calculé. Selon un sondage de Resume Builder, 62 % des managers admettent publier de fausses offres d’emploi — les fameux ghost jobs – pour faire pression sur les salariés. L’idée ? Montrer aux adeptes du quiet quitting qu’ils sont facilement remplaçables. Et parfois, on espère même que le collaborateur, lassé de ne recevoir que des miettes, finira par démissionner de lui-même.
Autrement dit, le breadcrumbing transforme l’espoir en véritable outil de management. Mais comment savoir si l’on est tombé dans le piège de cette stratégie des miettes ? Les signes sont souvent discrets, comme un « Super boulot ! » lancé uniquement quand vous parlez de poser un arrêt, un feedback qui se fait attendre toute l’année, ou encore des promesses de carrière qui s’évaporent comme par enchantement. Autre symptômesymptôme éloquent : on vous confie des projets ni vraiment stratégiques, ni totalement insignifiants… juste assez flatteurs pour occuper, jamais assez pour vous laisser exprimer votre plein potentiel.
La transparence pour rompre avec le breadcrumbing
Pour sortir de ce cercle vicieux, mieux vaut passer à la vitesse supérieure. Demandez un entretien avec votre n+1 pour lui faire part de vos ambitions et vos besoins de formation. Exigez (poliment) des échéances, des objectifs, des engagements. Et n’hésitez pas à rappeler vos réussites : elles sont votre meilleure monnaie d’échange en entreprise.
Gardez aussi en tête qu’un manager qui breadcrumb n’est pas toujours un vilain Machiavel. Il peut simplement manquer de formation, de moyens, ou d’audace. Mais sans dialogue franc, les promesses floues deviennent vite des chausse-trappes. Alors, la prochaine fois que vous constatez un décalage entre les discours et les actes, prenez du recul. Analysez les faits, posez les bonnes questions, et décidez en connaissance de cause si votre environnement de travail vous permet encore d’évoluer ou s’il est temps d’envisager d’autres opportunités.