SpaceX va-t-il s’écraser avec Elon Musk ?

paultensor
Lecture en 10 min
À propos des liens affiliés : Sur ce site, certains liens sont affiliés. Cela signifie que si vous cliquez et effectuez un achat, je peux recevoir une petite commission, sans frais supplémentaires pour vous. Je m’engage à recommander uniquement des produits et services que j’ai testés ou qui reflètent des standards de qualité élevés. Ces contributions me permettent de maintenir ce site et de continuer à partager du contenu qui vous est utile. Merci pour votre confiance et votre soutien !

Réutilisation, industrialisation, verticalisation, simplification, colonisation : la vision de SpaceXSpaceX est celle de son fondateur, le milliardaire Elon MuskElon Musk. Comme avec TeslaTesla, il a réussi le tour de force de faire passer son entreprise d’une simple idée jetée sur une feuille blanche à celui d’empire planétaire. SpaceX s’impose partout dans le spatial, et ainsi, porteporte la vision d’Elon Musk.

Le 13 juillet 2024 est un tournant pour SpaceX. Le candidat à la présidence des États-Unis Donald Trump échappe de peu à la mort lors d’un attentat pendant son meeting. En réaction, Elon Musk commence à soutenir ouvertement son champion, donne plus de 270 millions de dollars pour financer sa campagne, le rejoint sur scène durant ses meetings, et conduit une campagne particulièrement agressive en Pennsylvanie pour faire basculer l’État en faveur des républicains. Elon Musk a fait gagner Donald Trump. En récompense, il le rejoint au gouvernement. Mais SpaceX passe au second plan et ça se voit.

Les limites de SpaceX

SpaceX a réalisé plus de 130 vols orbitaux en 2024, un record inégalé dans l’histoire du spatial. C’est plus de la moitié des vols orbitaux de la Planète. Cette cadence infernale est dopée par le déploiement de milliers de satellites de télécommunications StarlinkStarlink en orbite basse, qui occupe les deux tiers des vols. Pour déployer Starlink le plus rapidement, tout en assurant les autres vols qui génèrent du revenu pour SpaceX, il faut tirer le plus possible. Avec trois pas de tir opérationnels, SpaceX semble avoir atteint les limites de cadence de vol. Faire plus serait alors dangereux car la politique de sécurité de SpaceX n’est pas tout à fait claire, comme nous le rappelle l’incident de la mission Polaris Dawn.

Est-ce la fin de la parfaite fiabilité de SpaceX ? Le 12 juillet, l’étage supérieur de Falcon 9 échoue à placer une série de satellites Starlink sur la bonne orbite. Fin août, la récupération du booster B1062 sur une barge automatique tourne mal. Même échec le 3 mars 2025 : le booster B1086 se pose sur la barge, mais prend feu. Le 1er février 2025, le second étage d’une Falcon 9 échoue à sa manœuvre de désorbitation. Ses débris retomberont sur la Pologne quelques semaines plus tard.

Pendant ce temps, le développement du Starship prend toujours plus de retard alors que SpaceX prévoyait un objectif de 400 vols en quatre ans ! Les deux vols tests de janvier et mars se sont soldés par une terrible explosion causant des pluies de débris dans les Caraïbes. Le Starship est pourtant le véhicule pivot à la fois dans le programme lunaire américain (choisi par la NasaNasa pour faire atterrir les astronautesastronautes à la surface), et bien entendu, dans la vision martienne d’Elon Musk. Mais, encore aujourd’hui, quid de sa capacité à se mettre en orbite, et y faire du transfert de carburant, étape indispensable pour la suite ?

Les échecs du Starship coïncident avec le manque de disponibilité d’Elon Musk depuis qu’il est au gouvernement à Washington DC. Sa présence au sein des équipes à Starbase aidait notamment à la prise de décision, à simplifier les designs, mais aussi à renforcer l’importance du Starship au sein de SpaceX, alors que le programme est critiqué en interne. Peut-on alors parler de relâchement en son absence ? Sa présence sur site à Starbase (Boca Chica) est-elle aussi l’occasion de mettre la pressionpression sur ses équipes ? Plusieurs fois, il a été rapporté de difficiles conditions de travail au sein de SpaceX. Le virage politique d’Elon Musk a également eu un réel effet sur ses propres employés qui sont avant tout des passionnés d’exploration spatiale.

La trahison

Certes, les perceptions de l’éthique dans le spatial peuvent varier entre les Européens et les Américains, mais depuis plusieurs années, le moral des employés de SpaceX est bloqué dans un circuit de montagnes russes sans fin. Musk était auparavant unanimement adoré par toute une génération de jeunes pour ses accomplissements avec SpaceX et Tesla. Quand il était venu présenter sa vision de colonisation martienne au Congrès international d’astronautiqueastronautique en 2017 et 2018, les jeunes attendaient pendant des heures pour être sûrs d’avoir une place comme pour un concert de la star Taylor SwiftSwift. On se bousculait au portillonportillon pour rejoindre SpaceX.

La popularité d’Elon Musk a chuté nettement au fur et à mesure de ses prises de positions politiques, à commencer par sa guerre contre les « virus Woke » et la communauté LGBT+ (très présente dans le spatial), poussant SpaceX à déménager son siège social hors de Californie. Musk a aussi motivé le président américain à supprimer tous les bureaux en charge de l’inclusion dans les institutions fédérales, et à faire pression sur les entreprises pour faire de même, y compris à l’étranger.

Marqué par son ingérence sur le réseau Starlink en 2023, le positionnement d’Elon Musk sur le conflit en Ukraine inquiète, tout comme sa proximité avec Vladimir Poutine. À cela s’ajoutent de nombreuses ingérences dans des élections à l’étranger en faveur de candidats d’extrême-droite. Enfin, ajoutons dans le cocktail son soutien à de nombreuses théories du complot, le tout dans une atmosphèreatmosphère de haine et de suprémacisme blanc qui a gonflé comme un ballonballon sur X depuis qu’il a racheté ce réseau anciennement nommé TwitterTwitter.

Starlink : Elon Musk réclame des comptes aux États-Unis pour son aide aux Ukrainiens

Musk fait tapis avec Donald Trump pour réaliser son rêve de colonisation martienne, d’abord introduite dans le discours d’investiture puis finalement qualifiée de « non-top priorité » par le président américain. Musk semble prêt à tout pour cela : il soutient la guerre de Trump contre les scientifiques, qualifie la LuneLune de « distraction », veut désorbiter l’ISS, et se met même à insulter en public plusieurs astronautes, qui sont pourtant aux yeuxyeux du monde les premiers ambassadeurs de l’exploration spatiale. Ultime trahison envers tous les passionnés d’espace, y compris les employés de SpaceX.

SpaceX sans Musk :  à quoi ça ressemblerait ?

Depuis l’élection de Donald Trump, le cours en bourse de Tesla dévisse au point que toute la valeur gagnée depuis le scrutin a été perdue. Ce n’est pas seulement dû à l’avenir nébuleux de l’économie américaine, mais aussi parce que de plus en plus de monde qualifie Tesla d’entreprise politique. Depuis quelques jours, plusieurs gros actionnaires fuient ou demandent que soit virer Elon Musk de son conseil d’administration.

La situation n’est que légèrement différente pour SpaceX. Certes, la compagnie est devenue un leader du spatial, mais connaît des concurrents plus expérimentés et plus stables comme Lockheed Martin ou Northrop Grumman, et aussi de nouveaux requins à l’appétit féroce comme Blue Origin du milliardaire Jeff Bezos, adversaire d’Elon Musk. Contrairement à eux, Musk a joué plusieurs fois l’avenir de SpaceX et de ses employés sur des paris politiques. Jusqu’à aujourd’hui, il a toujours gagné, mais peut-on croire à une suite infinie de succès ? Il faut donc commencer à imaginer SpaceX sans lui.

Sans Musk, SpaceX devra réécrire sa vision. Le développement du Starship risque de prendre encore plus de retard, et surtout de coûter plus cher. Sans Musk, le Starship serait certainement en danger, ce qui compromettrait aussi l’avenir de la constellationconstellation Starlink, dont le design des prochains satellites correspond à une mise en orbite par le méga-lanceurlanceur. Le modèle économique de Starlink pourrait également être révisé, d’autant que sa rentabilité n’a toujours pas été démontrée.

Est-ce que SpaceX s’effondrerait comme un château de cartes sans Musk à bord ? Probablement non : SpaceX a réussi à recruter de nombreux excellents ingénieurs et à devenir un partenaire incontournable de la défense américaine avec ses lanceurs et notamment avec la version militarisée de Starlink, Starshield, dont plusieurs centaines d’exemplaires ont été commandées par le Pentagone. Ainsi, SpaceX deviendrait peu à peu un leader du spatial américain comme les autres, mais ne serait probablement plus l’épicentreépicentre des prochaines révolutions spatiales.

Voyant décroître ses chances de partir sur Mars avec l’aide de Trump, et face à la dégringolade de Tesla et à la vulnérabilité du Starship, Musk serait lui-même tenté de revenir. Son départ du gouvernement n’est plus exclu par Donald Trump.

 

Partager cet article