Une étude sur 700 femmes suivies durant cinq ans suggère que, quand on vieillit, la sensation de fatigue et l’envie de dormir durant la journée sont des signes précoces de démence.
La démence recouvre plusieurs maladies affectant la mémoire, la pensée et la capacité à réaliser des tâches quotidiennes, dont la plus fréquente est la maladie d’Alzheimer (60 à 70 % des cas).
Les symptômes : oublis, perte d’objets, désorientation, perte de la notion de temps, difficultés à prendre des décisions, à converser ou à réaliser des tâches habituelles qui peuvent progressivement mener à une perte d’autonomieautonomie. Ces signes s’accompagnent souvent d’anxiété et d’un manque d’intérêt pour les émotions des autres.
Les liens entre sommeil et démence encore mal connus
Outre l’âge (la démence est plus fréquente après 65 ans), on sait que la sédentarité, la surcharge pondérale, la perte d’audition, l’isolement social, le tabac et l’alcoolalcool, le diabète mal contrôlé sont des facteurs de risque de démence.
Si plusieurs études montrent que les troubles du sommeil pourraient aussi intervenir, il est aujourd’hui difficile de savoir si c’est le manque de sommeil ou au contraire l’excès qui pèse le plus dans la balance. Ces incertitudes seraient liées au fait que les travaux scientifiques menés jusqu’à aujourd’hui sont basés sur les déclarations des participants et pas sur une mesure objective du temps de sommeil.
Mesurer l’évolution du sommeil au cours du vieillissement
Pour tenter d’apporter de nouveaux éléments de réponse, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco a recruté 733 femmes âgées de 82 ans en moyenne et qui ne souffraient d’aucun déclin cognitif. Durant cinq années, ils ont mesuré l’évolution de leurs habitudes de sommeil pour déterminer si elles étaient liées à l’apparition d’une démence.
Au début de l’étude et cinq ans plus tard, les volontaires ont été équipées pendant trois jours d’un actigraphe, un appareil fixé sur le poignet qui mesure les mouvementsmouvements du corps et qui permet de déterminer la duréedurée du sommeil nocturnenocturne, des siestes, des cycles de veille-sommeil ainsi que les schémas de rythme repos/activité. Chacune des volontaires devait également remplir un journal de sommeil.
À l’issue des cinq ans, les chercheurs ont calculé que la durée des siestes avait augmenté de 33,1 minutes en moyenne et le temps total de sommeil de 18,7 minutes. L’efficacité du sommeil avait en revanche diminué de 6 %. Par ailleurs, 44 % des femmes avaient gardé des habitudes de sommeil stables et 21,3 % avaient connu « une forte augmentation de la durée et de la qualité du sommeil diurnediurne et nocturne ».
Deux fois plus de risque de démence quand la somnolence s’accroît
Sur la base de tests neuropsychologiques et d’analyse des dossiers médicaux, les scientifiques ont également calculé que 22,4 % des volontaires avaient développé un trouble cognitif légertrouble cognitif léger (TCL) et 12,7 % une démence.
Les résultats, publiés dans la revue Neurology, indiquent que les femmes qui pendant la journée avaient une somnolence accrue, notamment qui faisaient des siestes plus longues et plus fréquentes, avaient près de deux fois plus de risques de souffrir de démence que celles dont les habitudes de sommeil étaient restées stables. La diminution du temps de « sommeil de qualité » (passé à réellement dormir) et l’augmentation de la durée des insomniesinsomnies étaient également liées à une augmentation du risque de démence.
Vers une meilleure prise en charge de la démence
Ces résultats ne permettent pas de trancher la question de savoir si les problèmes de sommeil favorisent la démence ou si c’est la démence qui favorise les problèmes de sommeil. En revanche, ils indiquent que la mesure sur 24 heures de l’activité veille-sommeil est un moyen simple d’évaluer le risque de démence d’une personne. Ce critère pourrait aussi servir de marqueur précoce permettant la mise en place d’une prise en charge de meilleure qualité.
Car la démence est un problème majeur de santé publique. Selon l’OMSOMS, elle touchait 57 millions de personnes en 2021. Chaque année, 10 millions de nouveaux cas se déclarent. C’est la septième cause de décès et l’une des principales causes d’invalidité et de dépendance chez la personne âgée.