Lorsqu’il inventa la poubelle en 1884, le préfet du même nom était sous doute loin de soupçonner que, bientôt, ces bacs à déchetsdéchets en viendraient à déborder. Et que, pour palier cette situation, nous en viendrions à imaginer de pouvoir recycler certains de ces objets et matériaux que nous avions pris pour habitude de jeter au rebut. L’idée est intéressante à plusieurs points de vue. Non seulement parce qu’elle est l’une des solutions à la gestion de déchets qui s’accumulent de plus en plus nombreux. Mais aussi parce qu’elle permet d’économiser de l’énergie. Et de limiter nos émissions de gaz à effet de serregaz à effet de serre.
Dans un monde parfait, les objets, ou au moins les matériaux, seraient ainsi recyclables à l’infini. Mais dans notre monde à nous, qui est assez loin d’être parfait, ce n’est pas le cas. Les produits composés de plusieurs matériaux, par exemple, peuvent même être très difficiles à recycler.
Vous pensez peut-être à un smartphone ou à une éolienneéolienne. Ces exemples sont souvent cités. Pourtant, inutile d’aller chercher la difficulté aussi loin. Les emballages de barres chocolatées peuvent être constitués de plus de dix couches de matériaux différents. De seulement quelques microns d’épaisseur chacune. Même les moins renseignés d’entre nous comprendront que cela pose problème au moment du recyclagerecyclage. Non que les scientifiques ne sauraient pas le faire. Mais pour des coûts, tant financiers qu’environnementaux qui iraient bien au-delà du raisonnable.
Un recyclage infini pour certains matériaux ?
Les produits finis, donc, sont souvent difficiles à recycler. Mais qu’en est-il des matériaux en eux-mêmes ? Examinons d’abord le cas de la « star » du secteur : le plastiqueplastique. On le dit recyclable 4 à 6 fois. Certains plastiques, comme le polypropylène ou le polyéthylène, perdent même de leurs propriétés dans le premier tour de recyclage. Pour améliorer le processus, les fabricants doivent y ajouter de la matièrematière première vierge.
Le polystyrènepolystyrène, lui, pourrait être plutôt bien recyclé, mais il n’est pas suffisamment récupéré pour qu’il devienne économiquement intéressant de construire une filière dédiée. Le polytéréphtalate d’éthylèneéthylène, enfin, celui que tout le monde connait sous le nom de PETPET, est celui qui se recycle aujourd’hui le plus. De grosses installations se montent même en France avec pour ambition de réussir à produire du PET recyclé en tout point identique au PET vierge.
Avant d’aller plus loin, rappelons en effet que, derrière l’idée de recyclage, il y a bien, en principe, l’idée de régénérer un matériaumatériau pour pouvoir le réutiliser dans la même applicationapplication. Sur le papier, c’est surtout possible à l’infini avec des matériaux comme le verre ou encore certains métauxmétaux. L’aluminiumaluminium, l’acieracier ou le cuivrecuivre. Parce qu’il suffit de les fondre – en y ajoutant un peu de matière première, également, concernant le verre – pour revenir à leur état initial et repartir de zéro.
L’ennui, c’est que, comme c’est le cas dans le monde du plastique, les matériaux utilisés sont rarement purs. Ce sont souvent des alliagesalliages. Car pour obtenir les propriétés recherchées, les ingénieurs ont développé l’idée d’ajouter aux métaux d’autres éléments en faible quantité. C’est le cas du chromechrome ou du nickelnickel dans le ferfer qui permet de produire de l’inoxinox. Les compositions de ces alliages peuvent être très précises et une fois sorti de ces compositions, il devient impossible de refaçonner une pièce destinée à la même application.
Un recyclage à l’infini possible en théorie
La première chose à faire pour rapprocher les métaux de la possibilité d’être recyclés à l’infini serait d’en améliorer le tri. De réussir à séparer les différents alliages. Mais aujourd’hui, la plupart du temps, les matériaux en fin de vie sont broyés et même si les technologies permettent de séparer certains alliages, la composition de chaque copeau du mélange reste différente.
En attendant mieux, il est possible d’ajouter de la matière vierge afin de récupérer les propriétés visées. Comme ce qui est fait dans le secteur du recyclage du plastique. Ou alors, d’opter pour le sous-cyclage – le downcycling comme disent les anglophones – qui consiste à renvoyer les matériaux vers d’autres filières, généralement moins exigeantes.
L’aluminium est ainsi souvent détourné vers le secteur de la fonderie. À tel point qu’il y a aujourd’hui régulièrement saturation. On comprend ainsi que ce n’est pas réellement la solution non plus. Malgré tout, le recyclage des métaux et de leurs alliages demeure intéressant. Dans le cas de l’aluminium justement, il permet d’économiser 90 % d’énergie et autant d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) par rapport à la production du matériau vierge.
Le saviez-vous ?
Les parpaings sont constitués de granulats (sable et gravier), de ciment (calcaire et argile) et d’eau. En fin de vie, ils ont un temps été utilisés comme remblais autoroutiers, en mode sous-cyclage, donc. Aujourd’hui, ils sont récupérés et concassés pour former de nouveaux blocs béton, se rapprochant de l’idée du recyclage infini.
Le cas du papier, que nous n’avons pas encore évoqué, se rapproche en quelque sorte de celui du plastique. Parce qu’il s’agit d’une matière organique. Ainsi, au cours du processus de recyclage, les fibres du papier se dégradent. Elles ont tendance à se fragmenter et à ne plus pouvoir être utilisées pour l’application d’origine au bout de cinq à dix cycles. Le papier viendra donc alors aussi grossir les rangs des sous-cyclés et on le retrouvera dans notre journal ou nos emballages.