Le nourrissage des requins est une pratique qui consiste à attirer ces prédateurs marins en leur offrant de la nourriture, souvent dans le cadre du tourisme ou de la recherche scientifique. Cette activité permet aux plongeurs d’observer de près ces animaux fascinants, mais soulève aussi des préoccupations écologiques et sécuritaires. En modifiant leur comportement naturel, le nourrissage peut les rendre plus dépendants de l’Homme et altérer leur rôle dans l’écosystème marin. Ainsi, cette pratique suscite un débat entre conservation, éducation et impact environnemental.
Le nourrissage des requins (Shark Feeding) a toujours eu mauvaise presse : dans le passé, à cause des premières images de séances de nourrissage où les squales étaient tous en frénésie alimentaire, et de nos jours, car les plongeurs se cherchent une conscience écologique…
Que reproche-t-on au « feeding » ?
Les dérives observées lors de séances de nourrissage par les opérateurs de plongée :
- habituer les requins à la présence humaine, leur faisant perdre peu à peu leur inhibitioninhibition naturelle envers nous ;
- dénaturer leur comportement (par exemple, la répartition de leur zone de vie pour les sédentaires qui modifie les saisons migratoires et interfère dans leurs modes de prédation) ;
- l’agressivité inter- et intra-espèces ;
- la consanguinitéconsanguinité (si tant est que les requins se reproduisent sur des lieux de nourrissage) ;
- le nourrissage répété et prolongé peut « conditionner » les requins à associer nourriture et présence humaine et à terme cela peut rendre les requins agressifs envers les humains et augmenter ainsi le nombre d’accidentsaccidents (morsures, par exemple) sur les sites de nourrissage quand aucune nourriture n’est apportée ;
- le nourrissage régulier sur des sites éco-touristiques pourrait augmenter le risque d’attaques dans les zones avoisinantes.
Pour ne citer que les principales critiques…
Les études démontrent que les requins sont capables d’associer un lieu avec la possibilité de trouver de la nourriture. Et, sur certains sites, on peut observer une augmentation du nombre de requins. En revanche, il n’y a aujourd’hui AUCUNE preuve scientifique que les requins associent Homme et nourriture !
La problématique principale n’est pas écologique, mais bien idéologique sur la dangerosité de l’activité pour l’Homme… Il est démontré que les animaux migrateurs poursuivent leur migration saisonnière sans que cela n’ait un impact direct sur leur mode de vie. Il faut cependant se montrer prudent car, d’une région et d’une espèce à l’autre, les expériences et résultats restent différents.
Voici l’avis d’un opérateur-naturaliste prudent : « Oui la pratique du nourrissage est contestable car peu écologique, mais peut-on concevoir une activité plongée purement écologique ? »
N’oublions pas qu’avec la baisse des populations de requins liée à la surpêchesurpêche, les rencontres fortuites et naturelles sont devenues de plus en plus rares, incitant certains pays et opérateurs à avoir recours au nourrissage pour faire revenir les requins et créer ou faire perdurer un écotourisme requin durable. Aujourd’hui, l’observation de squales sur des récifs tropicaux est devenue exceptionnelle et inhabituelle, alors que ce qui est anormal est de ne pas les voir vivre paisiblement dans leur habitat naturel.
Même si je favorise et m’émerveille beaucoup plus au contact de requins curieux via des rencontres naturelles, je sais aussi que les requins nourris par l’Homme dans certaines régions du monde jouissent d’une protection qu’ils n’auraient jamais eu sans cet attrait économique pour les communautés locales. Et le nerfnerf de la guerre reste l’argentargent. 100 % des plongeurs anti-feeding n’ont jamais assisté à une séance de nourrissage, tandis que 95 % des plongeurs qui y ont déjà assisté ont été séduits !
Le vrai ennemi, ce n’est pas le « feeding », c’est celui qui pêche et qui consomme les requins, et je préfère voir un requin nourri et en bonne santé que mort sur un étalage à poissons ou dans un bol de soupe. Mieux encore, je préfère voir un requin protégé, non nourri dans des régions où ils sont à l’abri de tous les massacres commerciaux ou culturels !
Je me dis aussi que cette micro-population de requin qui « subit » l’activité humaine permet la protection de bien plus d’individus sur des régions plus larges et protégées.
Avant de régler les problèmes de forme, nous avons déjà une arme de taille supplémentaire : grâce aux plongeurs, les requins peuvent prendre une valeur commerciale plus importante vivants que morts. Et cet espoir là, dans le contexte actuel et avec le pouvoir des réseaux, confère à notre collectivité mondiale une force qui n’est pas des moindres.
Les show commerciaux des requins sans éducation des touristes sont à bannir. Les opérateurs, en plus d’apporter une image nouvelle et positive aux clients, doivent jouer la carte éducative et éco-touristique pour transformer chaque participant en militant de la cause et faire bénéficier les locaux de l’attrait économique qui protège les requins.
Steven SurinaSteven Surina, fondateur de Shark Education est l’auteur de « Requins – Guide de l’interaction », et spécialiste de la plongée avec les requins.