Les scientifiques nous le disent et nous le répètent depuis des années maintenant. Ce qui se passe en Antarctique… ne restera pas en Antarctique. Aujourd’hui, ils nous donnent l’exemple de ce puissant courant océanique que la fonte de la calotte glaciaire fait ralentir. Et le moins que l’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas une bonne nouvelle !
Ces dernières années, il a beaucoup été question de la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique. L’Amoc, comme l’appelle les scientifiques. Parce qu’il semblait que, sous l’effet du réchauffement climatique anthropique, ce courant soit amené à s’effondrer, avec des conséquences dévastatrices sur notre Terre comme celles qui sont racontées dans le film catastrophe « Le jour d’après ». Une nouvelle étude à ce sujet vient d’ailleurs d’être publiée dans la revue Nature. Une analyse se basant sur les simulations de 34 modèles et qui conclut que l’Amoc ne devrait finalement pas s’arrêter avant 2100. Même si son affaiblissement, toujours à l’ordre du jour, aura tout de même des effets majeurs sur notre climat bien avant ça.
Mais c’est aujourd’hui surtout d’un autre courant dont les scientifiques discutent dans une étude parue dans Environmental Research Letters. Le courant circumpolairecircumpolaire antarctique. Il est sans doute moins connu du public que son cousin l’Amoc. Pourtant, il est bel et bien le courant océanique le plus puissant du monde. Son débitdébit est équivalent à cent fois celui de tous les fleuves du monde ! Le courant circumpolaire antarctique connecte en effet les océans Atlantique, Pacifique et Indien et régule ainsi la plupart des échanges de chaleurchaleur, d’humidité et même de carbonecarbone et de nutrimentsnutriments à travers les bassins océaniques de notre Planète. Le tout, on l’imagine donc assez facilement, avec un impact majeur sur le climat du monde. Car rappelons par exemple que l’océan est comme une éponge à dioxyde de carbone (CO2). Il absorbe un quart des émissionsémissions de nos activités. Imaginez si la pompe devait ralentir…
Le courant circumpolaire antarctique sur le déclin
Les chercheurs savent depuis longtemps que ce courant varie selon que les conditions sur notre Terre sont plus froides ou plus chaudes. Ils peinaient toutefois à modéliser ces variations et donc à prévoir ce que le courant circumpolaire antarctique pourrait devenir sous l’effet du réchauffement climatique. Mais des physiciensphysiciens, des climatologuesclimatologues et des océanographes de l’université de Melbourne (Australie) et du Centre de recherche NORCE (Norvège) ont unis leurs connaissances pour lancer une simulation haute résolutionrésolution des courants océaniques et de la glace de mer, du transport de chaleur et d’autres facteurs. Une simulation qui leur permet enfin de prévoir l’impact des changements de température, de salinitésalinité et des conditions de ventvent sur le courant circumpolaire antarctique.
Grâce au supercalculateursupercalculateur et simulateur climatique le plus rapide d’Australie, le GADI, et à un modèle développé pendant plusieurs années par des chercheurs australiens de diverses universités, l’équipe montre que, dans un scénario de fortes émissions de gaz à effet de serregaz à effet de serre, le courant circumpolaire antarctique ralentira d’environ 20 % d’ici 2050. « Si ce « moteur » tombe en panne, les conséquences pourraient être graves, notamment une plus grande variabilité climatique, avec des extrêmes plus importants dans certaines régions, et un réchauffement climatique accéléré en raison d’une réduction de la capacité de l’océan à agir comme puits de carbonepuits de carbone », souligne Bishakhdatta Gayen, spécialiste de la physiquephysique des fluides à l’université de Melbourne.
La salinité de l’eau plus importante sur l’avenir du courant circumpolaire antarctique que les températures
Pour les scientifiques, ce résultat est étonnant, car jusqu’ici, les études annonçaient plutôt une accélération du courant circumpolaire antarctique, due aux différences de températures exacerbées par le réchauffement entre les différentes latitudeslatitudes de l’océan. Mais, selon ces nouveaux travaux, la fontefonte de la calotte glaciaire et les énormes quantités d’eau douceeau douce qu’elle déverse dans l’océan entrainent une modification de la salinité des eaux, dont l’impact dépasse celui des écarts croissants de températures. Ce changement de salinité affecte l’enfoncement de l’eau de surface de l’océan vers les profondeurs et finit par affaiblir le puissant courant océanique qui entoure l’Antarctique. D’autres études seront les bienvenues pour confirmer tout cela.
Parmi les conséquences mises en avant par les chercheurs d’un ralentissement du courant, la perte d’efficacité de la barrière contre les espèces invasives que forme le courant circumpolaire antarctique. Si ce courant faiblit, il deviendra plus probable que des crevettes, des mollusquesmollusques ou d’autres espècesespèces venant d’autres continents puissent trouver un chemin vers l’Antarctique. L’impact sur la fragile chaîne alimentairechaîne alimentaire locale pourrait être grave. La quantité et la qualité de la nourriture disponible pour les manchots pourraient, par exemple, être modifiées. Pour éviter cela, il faut mettre tout en œuvre pour limiter la fonte de la calotte polairecalotte polaire. Pour réduire, donc, de manière drastique et rapide, nos émissions de gaz à effet de serre.