Derrière votre pain et votre riz, une poignée de pays tient les rênes de l’alimentation mondiale

paultensor
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Il n’y a qu’un petit nombre de régions du monde qui sont favorables à l’agriculture intensive, et en particulier à la production de céréales, riz, blé et maïsmaïs, base de l’alimentation dans la plupart des régions du monde.

Parmi celles-ci, certaines se contentent de nourrir leur propre population, très nombreuse, et donc n’exportent pratiquement rien. C’est le cas de la Chine, premier producteur mondial de riz et de blé, mais qui s’en sert intégralement pour nourrir ses 1,41 milliards de Chinois, et de l’Inde, deuxième producteur, mais pour nourrir les 1,43 milliard d’Indiens.

Donc, les pays qui produisent de façon significative et sont en plus capables d’exporter, sont fort peu nombreux ; pour le blé il s’agit de la Russie, de l’Union européenne (dont la France pour une bonne part), des États-Unis, du Canada, de l’Ukraine, de l’Argentine, du Pakistan, de la Turquie et l’Australie… du moins lors des bonnes années, car il arrive peu souvent que la récolte soit au top dans chacune de ces zones. Pour le riz, il s’agit de l’Inde, du Pakistan, du Vietnam, de la Thaïlande et des États-Unis. Pour le maïs, on trouve les États-Unis, le Brésil, l’Argentine et l’Ukraine.

Un tout petit nombre de pays, dont le nôtre, ont finalement pouvoir de vie et de mort sur une partie importante de la population mondiale, particulièrement en période de crise…

De nombreux pays achètent leur nourriture à l’extérieur

À l’inverse, la liste des pays qui dépendent des autres pour se nourrir est fort longue. Y compris du côté des pays riches. Densité de population au Japon : il ne reste de la place que pour quelques rizières, mais pas pour les fruits et légumes ou l’élevage !

Le Japon, par exemple, est totalement incapable de nourrir à partir de ses terres ses 125 millions de Japonais (dont 37 dans la seule agglomération de Tokyo !). Mais on n’est pas inquiet pour lui, car c’est un grand pays industriel qui a et aura largement assez de produits attractifs pour pouvoir se payer sa nourriture : échanger Toyota, Canon ou Uniqlo contre des fruits et légumes, ça peut continuer longtemps ! Notons cependant que leur nourriture est à base de poisson et de riz. Or, l’océan Pacifique est grand, la taille de la flotte de pêchepêche nipponne également (et elle n’hésite pas à sillonner les autres océans en plus), et, en matièrematière de riz, il s’agit d’une véritable priorité nationale : sa riziculture est très efficace (et largement subventionnée !)

Il n’y a pas non plus lieu d’être inquiet pour la Corée du Sud, la Suisse ou même l’Angleterre (il n’est pas sûr que les Anglais qui ont voté pour le Brexit aient tous réalisé que les paysans de leur pays ne pouvaient pas les nourrir intégralement !).

Du côté du Sud, L’Égypte peut se nourrir avec les revenus du Canal de Suez et l’Algérie avec ceux du pétrolepétrole, le Bangladesh vend à bas prix sa main-d’œuvre pléthorique employée dans l’industrie textile. C’est quand il n’y a pas grand-chose à vendre que la situation devient carrément dramatique, comme en Haïti ou à Madagascar.

Même en France, grands pays agricole exportateur, la plupart des régions ne sont pas autonomes

C’est à la mode en France « métropolitaine » de lancer des plans alimentaires régionaux, voire municipaux. On fait miroiter à la population tous les avantages du « manger local ». Souvent un des arguments avancés est la lutte contre le réchauffement climatiqueréchauffement climatique, alors qu’au global le transport de la nourriture réchauffe beaucoup moins la planète que les méthodes de production ou de conservation des aliments, comme je l’ai détaillé dans l’article « Manger local ne suffit pas pour protéger la planète du réchauffement ».

Mais il y a un abîme entre les déclarations volontaristes… et la réalité : l’Ile-de-France ne peut absolument pas nourrir ses 12,3 millions de Franciliens, pas plus que la Gironde ne peut nourrir les 800 000 habitants de l’agglomération bordelaise, ni l’Hérault les 500 000 habitants de Montpellier métropole ! Et si ces derniers tentaient de le faire, qui produirait le vin qui rapporte davantage que le blé ou les salades ?

Ceci n’empêche pas de faire des efforts, notamment sur les produits frais, particulièrement les fruits et légumes, qui gagnent souvent à être produits au plus près des villes qui les consomment.

Mais, notre pays pour la nourriture s’appelle en fait… l’Europe ! À Madrid, on mange du pain fait avec du blé de Beauce, tandis qu’à Paris, on mange des tomatestomates d’Andalousie, et au final tout le monde mange à peu près à sa faim sur notre continent ! Notons d’ailleurs que le partage des cultures risque d’être remis en cause par les effets du réchauffement climatique : dans 20 ans il est probable qu’on mangera des tomates bretonnes ou normandes à Madrid, comme je l’ai détaillé dans l’article : « Les tomates vont-elles passer de l’Espagne à la Normandie ? »

On peut se focaliser sur nos piètres performances dans certains secteurs, par exemple sur le fait que les importations de viande représentent 56 % de notre consommation de mouton, 22 % de bœuf, 26 % de porc et 45 % de poulet, ou 30 % de nos produits laitiers. En matière végétale, nous importons 28 % de nos légumes, 71 % de nos fruits et 63 % des protéinesprotéines destinées à l’alimentation animale. Sans parler de 75 % de notre miel ! Mais, si on veut se fermer à tout ou partie des 75 milliards de nos importations agricoles, comment va-t-on faire pour maintenir nos 80 à 85 milliards d’exportations ? Nous sommes en fait un grand pays agricole exportateur !

Outre-mer, la dépendance alimentaire reste forte et… préoccupante

Il faut se rappeler que du temps de la colonisation, on ne mangeait pas à sa faim en France et la société exportait ses aventuriers, puis ses pauvres, à travers le monde, munis de fusils, en leur disant en quelque sorte « trouve-toi une terre, débrouille-toi pour y produire de la nourriture (ou du mineraiminerai), et on te l’achètera ». Ceci a engendré massacres et déportations massives (rappelons que 35 000 bateaux ont déportés 14 à 17 millions d’Africains vers l’Amérique !). Et on a spécialisé des territoires entiers vers les « cultures d’exportation » : bananebanane, canne à sucresucre, coton, café, cacaocacao, arachidearachide, ananasananas, maintenant avocat et rose, etc.

Après la décolonisation, la France a gardé quelques « confettis » comme autant de porteporte-avions sur toutes les mers du globe… mais en gardant leur spécialisation. Les moissonneuses ont remplacé les esclaves dans les champs, mais on continue à produire plus de cannes à sucre (et de rhum) en Martinique, Guadeloupe ou à la Réunion que de tomates ou de céréales… Même si certains territoires ont une « utilité » complémentaire (les fuséesfusées en Guyane, le nickelnickel en Nouvelle-Calédonie, on n’ose réévoquer la bombe atomique en Polynésie…), et surtout le tourisme en profitant du soleilsoleil de contre-saisonsaison (ce qui au passage aggrave fortement la dépendance alimentaire !). Mais, on n’y rencontre aucune industrie digne de ce nom, qui permettrait à ces territoires de prendre leur envol économique. Ni même de l’artisanat qui soutirerait des fonds aux touristes, comme le font des pays comme le Mexique, le Maroc ou l’Inde… ou la France métropolitaine avec toutes ses industries du luxe.

Cette dépendance est d’autant plus forte que la grande majorité du commerce continue à se faire avec la métropole : pour nourrir les cochons de Guadeloupe, le maïs et le sojasoja d’Amérique du sud font le détour par la Bretagne, et traversent donc deux fois l’Atlantique !

Comme, en général, ces îles sont surpeuplées et que la densité humaine y est très forte, la situation perdure : les meilleures terres produisent des cultures d’exportations, jugées plus rentables, et il en reste assez peu pour se faire à manger soi-même… et pas assez pour réaliser de vrais efforts de productivité agricole. Et d’ailleurs, les subventions de la France et de l’Union européenne vont d’abord au soutien de la canne et de la banane, et non vers l’agriculture vivrièreagriculture vivrière !

De plus, comme toutes les terres tropicales, elles vont être touchées de plein fouet par les effets délétères du réchauffement climatique : ouragans, inondationsinondations, sécheressessécheresses, incendies, submersionssubmersions marines, maladies, épidémies, etc., ce qui va rendre nettement plus difficile de progresser, ou même simplement de résister.

La récente destruction totale des cultures à Mayotte, après le cyclone Chido, montre également que rien n’est simple : si cette île avait tout misé sur l’autonomieautonomie alimentaire en coupant ses liens d’approvisionnement extérieurs, la famine aurait vite succédé au cyclonecyclone. Entre le risque de problèmes géopolitiques qui coupent les lignes maritimes et le risque climatique qui détruit les récoltes, il convient de trouver l’équilibre le plus juste…

On verra dans l’article à paraître, « La Guadeloupe peut-elle, doit-elle atteindre l’autosuffisance alimentaire ? », qu’en revanche un meilleur équilibre semble important à trouver rapidement dans l’ensemble des DOM-TOM…

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