Des ossements retrouvés dans une grotte en Pologne témoignent d’une pratique cannibale il y a 18 000 ans. Le traitement réservé aux individus laisse penser qu’il pourrait s’agir d’une pratique rituelle destinée à humilier un groupe ennemi.
Considéré comme une pratique barbare, le cannibalisme au sein des espècesespèces humaines est longtemps resté un tabou. Comment l’Homme pourrait-il s’abaisser à ce comportement animal qui consiste à manger un individu de sa propre espèce ? Pourtant, les archéologues sont formels : il existe une multitude d’indices qui laissent penser que le cannibalisme a bien existé chez nos ancêtres, et pas nécessairement les plus lointains. Des traces archéologiques témoignant d’une consommation de viande humaine existent en effet chez Néandertal et Sapiens.
Un épisode de cannibalisme attesté il y a 18 000 ans en Pologne
Une étude récente révèle même l’existence de cette pratique au sein de communautés magdaléniennes. Mais pourquoi des peuples déjà si développés, capables de produire les joyaux artistiques de Lascaux ou Altamira, ont-ils décidé de manger leurs semblables ? Nécessité alimentaire ? Pratique rituelle ? Les résultats présentés dans cet article paru dans la revue Scientific Reports pourraient apporter des réponses. Ils reposent sur l’analyse d’ossements retrouvés au XIXe siècle dans la grotte de Maszycka, en Pologne. Parmi les restes d’animaux, on trouve ainsi de nombreux fragments d’os d’hommes, de femmes et même de jeunes enfants. Tous ont été datés à 18 000 ans, laissant penser qu’ils ont tous été enterrés durant une même période, voire un unique épisode.
Les chercheurs ont découvert que de nombreux ossements humains avaient été cassés en petits morceaux de 10 centimètres de long dans le but certainement d’en récupérer la moelle, très nutritive. Beaucoup possédaient de plus des marques de coupure laissant supposer que la chair avait été retirée peu de temps après la mort. Une chose en particulier a attiré l’attention des scientifiques. « L’extraction des nutrimentsnutriments semble avoir été maximisée, ressemblant au traitement donné aux carcasses animales », remarque Antonio Rodríguez-Hidalgo dans un article publié par Science. La faim aurait-elle justifié un tel comportement ? Peu probable, car les ressources semblent avoir été présentes en quantité suffisante, comme en témoignent les restes de nombreux animaux.
Une guerre de territoire ?
Les archéologues ont donc une autre piste pour expliquer cet épisode de cannibalisme. La période correspond en effet à un réchauffement climatiqueréchauffement climatique rapide en Europe, associée à l’entrée dans une nouvelle ère interglaciaire. Les glaciersglaciers se retirent alors, libérant de vastes territoires… à conquérir. Se pourrait-il que des conflits territoriaux aient émergé avec cette évolution environnementale ? C’est tout du moins ce que pensent les auteurs de l’étude. « Nous savons que le cannibalisme faisait partie de la culture magdalénienne, explique Francesc Marginedas, premier auteur de l’étude. Il pourrait également y avoir une composante guerrière, où l’ennemi est consommé pour être humilié. » Une interprétation qui, bien que plausible, reste toutefois difficile à prouver.