Face aux consignes de tri, il y a parfois de quoi perdre son latin. D’autant qu’une consigne de jeter par exemple un emballage dans la « poubelle jaune » n’est pas nécessairement synonyme de « cet emballage est recyclable ». Encore moins de « cet emballage sera recyclé ». Alors, essayons d’y voir un peu plus clair, exemples à l’appui.
Le cas des textiles synthétiques
Selon les chiffres de l’AdemeAdeme, 1,5 million de tonnes de déchetsdéchets textiles non réutilisables sont jetées chaque année en France. Aujourd’hui, seulement 152 000 tonnes sont collectées et à peine 110 000 tonnes sont finalement recyclées. Mais pas vraiment parce que les autres ne sont pas recyclables.
La difficulté vient d’abord du fait que pour être recyclés, les vêtements doivent être déposés dans les points de collectes ad hoc. Ce qui n’est clairement toujours pas suffisamment le cas en France. Mais la difficulté vient aussi du fait que nos textiles sont souvent constitués d’un mélange de matières. Un mélange qui rend le recyclagerecyclage infiniment plus complexe et plus coûteux. Ce serait le cas pour environ 30 % des déchets textiles non réutilisables, auxquels on peut ajouter les plus de 15 % dont la composition reste inconnue. La solution qui a longtemps prévalu, c’est celle du sous-cyclage – ou down cycling – qui consiste, non pas à régénérer un tissu utilisable par l’industrie du textile, mais à produire, à partir de fibres broyées, des rembourrages pour matelas, par exemple.
Le saviez-vous ?
Recycler des bouteilles en PET permet de fabriquer des textiles synthétiques. Cela évite de les retrouver dans l’océan. Mais cela entre aussi en concurrence avec les besoins de PET recyclé de l’industrie de l’emballage. Il y a là… matière à réflexion !
Face aux enjeux environnementaux, les chercheurs se sont mobilisés et ils ont trouvé d’autres solutions. Des pilotes testent actuellement des manières de séparer de façon automatisée les composants d’un manteaumanteau en laine, par exemple. La doublure en nylon d’un côté et la garniture synthétique de l’autre. Des technologies permettent même de trier les matériaux des vêtements usagés et d’en tirer des fibres assez longues pour fabriquer de nouveaux tissus – moyennant tout de même encore quelques apports de fibres vierges.
L’autre démarche que développent les chercheurs, c’est celle de l’écoconception. Car il reste indéniable que des pulls 100 % polyester, acrylique ou polyamide tout comme 100 % coton seraient bien plus facilement recyclables. Des fabricants comme Adidas ou Nike commencent d’ailleurs à proposer des chaussures qui ne sont plus composées que d’une seule matière. Parce que c’est une chose que la science sait faire. Grâce à des mises en forme différentes. Un matériau peut aujourd’hui être façonné aussi bien comme une moussemousse que comme un tissu.
Pour rappel, l’État a fixé à la filière textile un objectif de 90 % de recyclage des fibres synthétiques d’ici fin 2027.
Le cas des pots de yaourt
Chaque année, plusieurs milliards de yaourtsyaourts en pot sont consommés en France. Des centaines de ces pots sont jetés chaque seconde. Des pots, le plus souvent, en polystyrène. Et on peut lire ici ou là que le polystyrène ne se recycle pas. C’est à la fois vrai et faux. Vrai parce que beaucoup de ces pots de yaourt finissent encore dans la poubelle de déchets ménagersdéchets ménagers. Ils seront alors soit enfouis, soit incinérés. D’où l’idée d’un groupement des industriels des produits laitiers de lancer, il y a quelques semaines, une nouvelle campagne de sensibilisation. Par le biais d’un message simple et direct apparu au dosdos des opercules de certains pots de yaourt. Du genre « Pensez à me trier » ou « Je vais dans le bac jaune sans être lavé/avec mon opercule détaché ». Car quoi qu’en disent certains, ce qui bloque réellement en matière de recyclage des pots de yaourt, c’est la collecte.
D’autres produits en polystyrène sont d’ailleurs déjà très bien recyclés aujourd’hui. Comme les mousses de calage ou les chips d’emballage. Parce que le gisementgisement était assez important pour qu’une filière économiquement intéressante se développe.
Techniquement ou scientifiquement parlant, le pot de yaourt est désormais tout à fait recyclable. Il peut être broyé puis fondu. On parle alors de recyclage mécanique. Mais le polystyrène perd alors de ses propriétés. Il ne peut plus être utilisé pour conserver de la nourriture et se transforme en parechoc de voiturevoiture, en cintre ou en pot de fleurs. Le recyclage chimique par chauffage à plusieurs centaines de degrés, lui, permet de revenir aux moléculesmolécules de styrène – autrement produites à partir de pétrolepétrole – et de reformer un nouveau pot de yaourt. L’ennui, c’est que la méthode est encore coûteuse. Une solution pour la rendre plus intéressante, économiquement parlant, serait, justement, d’augmenter les volumesvolumes… Une usine existe toutefois du côté d’Anvers (Belgique). Elle recycle les pots de yaourt par pyrolysepyrolyse. Et elle traite 8 de ces pots récoltés en France sur 10. D’autres usines devraient beaucoup atteindre les performances souhaitées sur notre territoire.
Notons que les industriels se sont également engagés dans une démarche d’écoconception. Pour faciliter le recyclage, ils comptent proposer bientôt des pots de yaourt avec 98,5 % de polystyrène. Et la PME Pastiques Venthenat (Barbezieux) a déjà été récompensée d’un prix du développement durabledéveloppement durable pour son travail sur un pot de yaourt entièrement en polystyrène.
Alors que la France paie à l’Europe 1,5 milliard d’euros chaque année pour non-atteinte de ses objectifs de recyclage des matières plastiquesmatières plastiques, elle vise désormais d’ici 2026 le recyclage de 10 000 tonnes de polystyrène. Moins de 10 % du volume total des pots de yaourt…
Le cas des pales d’éoliennes
Ceux qui veulent s’opposer au déploiement massif des éolienneséoliennes ont, semble-t-il, trouvé un argument massue : leurs pâles ne se recyclent pas.
Il est vrai que les pales de nos éoliennes sont faites de matériaux composites. Comme vous l’avez désormais sans doute compris, ce mélange de matériaux complique effectivement les possibilités de recyclage. La résine époxyépoxy intimement mêlée à des fibres de carbonefibres de carbone apporte aux pales à la fois robustesse et légèreté. Toutefois, pour les professionnels du recyclage, cela ressemble à un enfer. Les techniques existent pourtant depuis plusieurs années. Mais elles sont peu respectueuses de l’environnement et très gourmandes en énergieénergie.
Cependant, différentes initiatives de chercheurs et d’industriels ont permis de débloquer la situation. Suivant, une fois encore, deux pistes distinctes. Celle de l’écoconception, d’abord. Ainsi, une pale d’éolienne en thermoplastiquethermoplastique – comprenez qui ramollit sous l’effet de la chaleurchaleur – et en fibre de verre est en attente de validation. Le parc éolien en mer du Calvados comportera, quant à lui, plusieurs pales recyclables produites par SiemensSiemens Gamesa. Une première en France.
Le fabricant danois VestasVestas, de son côté, s’est attaqué à l’épineux problème du recyclage des pales existantes, fabriquées en plastiques thermodurcissablesthermodurcissables. Il a mis au point un procédé chimique qui permet de décomposer les matériaux pour produire de nouvelles pales ou d’autres objets.
Dans un laboratoire toulousain du CNRS, un projet a obtenu le même type de résultat. Une méthode de recyclage chimique – à base de produits non toxiques et à faibles coûts – qui permet de récupérer des fibres de carbone démêlées dont les propriétés structurales atteignent 90 % de celle du matériau initial, mais aussi de récupérer la résine époxy dépolymérisée. Le tout en une seule réaction. Reste à rendre cette méthode de recyclage opérationnelle sur des dimensions et des quantités permettant de traiter des pièces d’avions ou des pales d’éoliennes. Très intéressant alors que l’Ademe estime qu’il y a, rien qu’en France, 3 000 à 15 000 tonnes de ce type de matériaux composites à traiter.