quelles solutions pour éviter la catastrophe ?

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Jour après jour, les États-Unis sont en train de lâcher leur soutien à l’Ukraine depuis le dialogue extrêmement tendu entre le président Volodymyr Zelensky et Donald Trump vendredi 28 février à la Maison Blanche. L’aide militaire des États-Unis est suspendue, en particulier en ce qui concerne le domaine du renseignement, indispensable pour survivre au conflit face aux forces russes.

Trois ans après le début du conflit, jamais l’Ukraine n’avait connu une situation aussi difficile face aux coups de pression de l’administration Trump, faisant le jeu de la Russie dans l’espoir de voir Vladimir Poutine se rapprocher du milliardaire pour isoler la Chine à l’international. Cette situation est un tournant pour l’Europe qui réfléchit à sa dépendance à son allié américain. On fait le point sur la question du renseignement.

Plus d’accès aux images satellitaires commerciales américaines

Début avril 2022, quelques semaines après le début de l’invasion russe, les forces armées d’Ukraine reprennent le contrôle de la ville de Boutcha, au nord-ouest de la capitale Kyiv et découvrent des cadavres qui jonchent le sol depuis des semaines. Ce massacre suscite l’émoi du monde entier, mais la Russie dément, arguant que tout a été monté. Les images satellitaires de la compagnie Maxar viennent confirmer que la Russie a bien été l’auteur de ce crime de guerre.

Cet épisode nous remémore que les images de satellites espions américains avaient permis à l’Occident de découvrir la catastrophe de Tchernobyl en 1986, cachée par l’URSS. Aujourd’hui encore, c’est un rappel que l’information par satellite d’observation est capitale dans un conflit.

Deux jours après la suspension du partage d’informations de la CIA, la Maison Blanche coupe l’accès aux précieuses images satellites commerciales. L’Ukraine y avait accès via le programme GEGD du gouvernement américain recueillant de nombreux clichés commandés aux entreprises. Donald Trump a précisé que c’est temporaire, mais ça en dit long sur leur capacité de chantage.

Le New Space américain pour garantir l’hégémonie américaine

On a cherché à savoir quel pouvoir avait l’administration sur les entreprises privées américaines d’imagerie satellite : il est total. Le chercheur Brian Kalafatian, de l’Institut d’études de stratégie et de défense, confie à Futura : « les États-Unis contrôlent les exportations [d’images] par l’US Commercial Remote Space Policy. Pour obtenir une licence, les entreprises subissent une enquête du Département du Commerce ». Si le gouvernement décide de retirer son soutien à l’armée ukrainienne, les entreprises d’imagerie satellite américaines doivent faire de même pour ne pas perdre leur clientèle, voire leur business.

Cette situation souligne deux choses. D’abord, « cela permet de garder le contrôle sur ces capacités ». Brian Kalafatian précise d’ailleurs que le New Space américain a été construit comme cela : « cela remonte à la fin de la guerre froide quand les États-Unis souhaitent ouvrir de nouveaux marchés à partir de technologie secret-défense, comme le renseignement satellite ». Aujourd’hui, le marché de l’information par imagerie satellitaire pèse lourd (évalué à 4 200 milliards de dollars en 2023), et reste centré sur la demande du Pentagone aux États-Unis. Plusieurs compagnies américaines, comme Maxar, BlackSky, Planet, Capella Space, ont des très gros contrats avec la défense américaine.

Avec un New Space à son service, l’État américain peut aussi tenter d’imposer son hégémonie à l’international : « soit vous achetez un service américain, soit vous tentez de construire votre propre service de renseignement, mais ce sera plus cher donc plus complexe de justifier ce choix auprès de l’opinion publique », ajoute le chercheur. L’Europe, la France en particulier, a fait le second choix, mais tout le monde n’en a pas les moyens.

Les moyens européens

Le décollage d’Ariane 6, ce jeudi 6 mars, est un vrai soulagement pour « l’Europe de la Défense » mise en avant par Emmanuel Macron et ses homologues européens après le retrait du soutien de Donald Trump. Le satellite CSO-3 mis en orbite va renforcer les capacités françaises de renseignement par satellite en optique et infrarouge, couplées à l’obtention des données radar par les satellites de l’armée allemande et à la mission Ceres de l’Armée de l’Air et de l’Espace dédiée au renseignement par écoute électromagnétique.

L’Ukraine bénéficie de ces services, comme l’a rappelé le ministre des Armées Sébastien Lecornu. Ce dispositif permet d’être a minima indépendant, mais ce n’est pas suffisant pour permettre aux Ukrainiens de faire face à la Russie. L’Europe spatiale a elle aussi son écosystèmeécosystème d’entreprises d’imagerie satellitaire, avec bien sûr les satellites PléiadesPléiades et Pléiades Neo d’Airbus Defence & Space, dont la résolutionrésolution spatiale frise la capacité des satellites de défense, mais aussi l’entreprise finlandaise Iceye, qui pilote plusieurs dizaines de satellites d’imagerie radar, ou encore la start-upstart-up bretonne Unseenlabs qui contrôle des nanosatellitesnanosatellites révolutionnaires d’écoute électromagnétique, mais qui ne couvrent que le milieu maritime pour le moment.

Le New Space européen dispose aussi de plusieurs projets de constellationsconstellations satellite d’imagerie, dont le déploiement vient à peine de commencer, voire n’a pas encore débuter. À ce retard par rapport au New Space américain s’ajoute un problème pour toutes ces entreprises : la demande d’images est surtout concentrée aux États-Unis, où elles tentent de s’implanterimplanter pour survivre face à la concurrence. Vont-elles risquer leur avenir aux États-Unis pour soutenir l’Ukraine ?

Quid de Starlink ?

Après Maxar, tous les yeuxyeux se tournent vers StarlinkStarlink (de SpaceXSpaceX). Déjà, en 2023, Elon MuskElon Musk avait fait brièvement couper Starlink en Ukraine pour empêcher une attaque de drones navals contre des navires russes en Crimée. Aujourd’hui, le milliardaire est le premier soutien de Trump, membre de son gouvernement et critiqué par sa proximité avec Vladimir Poutine. Va-t-il de nouveau couper Starlink en Ukraine, comme il le menace aujourd’hui ? De nombreux habitants et soldats en Ukraine seraient alors privés de communication.

Couper Starlink en Ukraine n’est toutefois pas une mince affaire. Car tous les terminaux ne sont pas des propriétés ukrainiennes. En effet, la Pologne a livré plus de 20 000 terminaux à l’Ukraine. Rompre le contrat avec la Pologne est plus délicat pour SpaceX.

L’Europe peut-elle remplacer Starlink en Ukraine ? Pas évident. Il existe la constellation satellite OneWeb, aujourd’hui propriété de l’opérateur français Eutelsat, mais ses capacités n’égalent pas la mégaconstellation de SpaceX et son utilisation n’est pas aussi simple. Les soldats ukrainiens louaient justement la facilité à utiliser Starlink. Enfin, l’Europe dispose de plusieurs satellites de télécommunications sécurisées en orbite géostationnaireorbite géostationnaire, comme le programme GovSatCom de l’Union européenne, ou les satellites Syracuse de l’Armée de l’Air et de l’Espace en France. Hélas, la constellation Iris2 de l’UE n’arrivera pas avant 2030…

Plus de souveraineté

Choquée par l’Administration Trump, l’Europe spatiale tente de trouver des solutions pour assurer au maximum son autonomieautonomie. Mais ces politiques sont à long terme et risquent de ne pas être suffisantes pour répondre à l’urgence du conflit en Ukraine.

Sur qui d’autre Zelensky peut-il compter pour le renseignement ? Les yeux se tournent vers la Turquie et le Moyen-Orient, mais on pourrait aussi se demander ce que pourraient apporter le Canada, le Japon ou encore la Corée du Sud, eux aussi menacés ou choqués par le comportement Donald Trump…

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