Les papillons sont parmi les insectes les plus étudiés sur la planète. Et malheureusement, toutes les études se rejoignent aujourd’hui sur un point : les populations sont en dangereux déclin. Derniers chiffres publiés, ceux des États-Unis. En 20 ans, un papillon sur cinq a disparu du paysage !
Lorsque l’on pense papillon, on pense au majestueux monarque migrateur (Danaus plexippus) et à son incroyable voyage annuel de plusieurs milliers de kilomètres. Ou alors à ces petites choses d’allure tellement fragile qui volent de fleur en fleur dans nos jardins. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICNUICN), le premier est désormais « en danger ». Selon des chercheurs de l’université d’État du Michigan (États-Unis), les autres, tous les autres – du moins ceux qui évoluent aux États-Unis -, sont aussi en train de disparaître !
Cette conclusion publiée dans la revue Science, ils la tirent d’une étude d’envergure qu’ils ont menée sur plus de 12,6 millions de papillons représentant plus de 340 espèces différentes. Leurs chiffres révèlent qu’entre 2000 et 2020, l’abondance totale de ces papillons aux États-Unis a chuté de 22 %. « C’est inquiétant et ça montre un besoin évident d’interventions de conservation à grande échelle », souligne Elise Zipkin, professeure d’écologie à l’université d’État du Michigan. « C’est choquant », renchérit Nick Haddad, professeur de biologie intégrative, spécialiste des papillons rares et fragiles.
Une image claire des populations de papillons aux États-Unis
Il faut savoir que de nombreux programmes de surveillance sont dédiés aux papillons. Généralement, toutefois, ils se concentrent sur des espèces en particulier, le papillon monarque, pour ne citer que le plus célèbre d’entre eux, ou sur des régions limitées. Mais cette fois, les chercheurs ont collecté toutes les données disponibles sur le continent américain et les ont analysées en tenant compte des variations dans les protocolesprotocoles de collecte pour produire des résultats cohérents pour des centaines d’espèces différentes sur l’ensemble des États-Unis.
Un autre chiffre frappant ressort de ce travail. Sur la période, il y a 13 fois plus d’espèces qui ont décliné que d’espèces qui ont progressé. Au total, 107 espèces ont même perdu plus de la moitié de leur population. En seulement 20 ans ! « Nous n’avons jamais eu entre les mains une image aussi claire et convaincante du déclin des papillons qu’aujourd’hui. Pour ceux qui n’étaient pas encore au courant du déclin des insectes, cela devrait servir de signal d’alarme », estime Collin Edwards, l’auteur principal de l’étude.
Pour bien se rendre compte du problème que pose la disparition des papillons, rappelons que ces petites choses symboles de liberté jouent un rôle important dans le cycle des nutrimentsnutriments. Ils constituent en effet une source de nourriture essentielle pour d’autres organismes tels que les oiseaux. Au cours des 50 dernières années, l’Amérique du Nord a d’ailleurs perdu près de 3 milliards d’oiseaux. Un rythme de déclin presque identique à celui des papillons. Et les papillons sont aussi des pollinisateurs dont nous ne pouvons pas nous passer. Les chercheurs estiment qu’ils sont à l’origine de 120 millions de dollars de production de coton au Texas (États-Unis) chaque année, par exemple.
Le saviez-vous ?
En France, une quinzaine d’espèces de papillons de jour – sur plus de 250 connues en métropole – bénéficient d’une protection réglementaire qui protège leurs aires de reproduction et de repos. Alors que deux espèces sur trois ont déjà disparu d’au moins un département qu’elles occupaient encore au siècle dernier.
Pointés du doigt comme principaux responsables du déclin des papillons, la perte des habitats – due à l’intensification des pratiques agricoles et à l’urbanisation, notamment – et le réchauffement climatique anthropique.
Plus encore, désormais, les insecticides. Des chercheurs le montraient, l’année dernière, dans la revue PLOS One. « La question de comment sauver les papillons n’est donc pas désespérée, mais simplement une question qui nécessite de la volonté, souligne Nick Haddad. L’applicationapplication prophylactique et quasi universelle d’insecticides nuit aux papillons et à d’autres insectesinsectes bénéfiques, sans aucun avantage prouvé sur le rendement des cultures. Ce qui est appliqué comme « assurance » revient à créer une grande dette envers les agroécosystèmes. La bonne nouvelle, c’est que l’application généralisée d’insecticides peut être inversée et que les papillons et les autres pollinisateurs pourront alors se rétablir. »