La professeure Andrea Ablasser dirige l’équipe « Innate immunity » au Global Health Institute de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, en Suisse. En novembre 2024, elle a été récompensée par le prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant ®. Un prix doté de 100 000 euros, alloués à la jeune chercheuse pour ses travaux visant à comprendre dans les détails les mécanismes de la réponse immunitaire innée, et notamment le rôle joué par la voie de signalisation cGAS-STING.
L’immunité innée constitue le premier rempart de notre organisme face aux agressions extérieures. En première ligne, depuis notre premier jour, cette ligne de défense se déclenche sur-le-champ et de manière non spécifique en présence d’agents pathogènes infectieux. Toutefois, les mécanismes de signalisation de cette réponse immédiate sont complexes : leur dérégulation peut entraîner des maladies auto-immunes et des maladies inflammatoires chroniques.
Les travaux d’Andrea Ablasser et de son équipe cherchent à décrypter comment cette réponse est orchestrée au niveau cellulaire afin de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques.
La voie de signalisation cGAS-STING : un mécanisme clé de l’immunité innée
Andrea Ablasser fait partie des chercheurs qui, en 2013, ont découvert une nouvelle voie de signalisation impliquée dans l’immunité innée, la voie cGAS (cyclic GMP-AMP synthase)-STING (stimulator of interferon genes). Deux protéines qui, ensemble, forment une équipe d’intervention rapide en cas d’intrusion d’un ADN viral dans les cellules de notre organisme : cGAS donne l’alerte et active STING, qui déclenche une cascade de réactions conduisant à une réponse immunitaire sous forme d’inflammation.
À double tranchant : les risques d’une activation inappropriée
Si la voie cGAS-STING est essentielle pour assurer la défense de notre organisme contre les infections virales, elle peut aussi se retourner contre lui quand elle est activée à tort. Une méprise possible, sous l’effet du stress, du vieillissement ou de certaines maladies : cGAS confond alors notre propre ADN échappé du noyau cellulaire avec un ADN « étranger ». L’alerte est donnée, STING déclenche une réaction inflammatoire excessive, qui peut être à l’origine de maladies auto-immunes ou neurodégénératives.
Des perspectives thérapeutiques prometteuses
Grâce à une approche interdisciplinaire combinant biologie structurale, biochimie et bioinformatique, Andrea Ablasser et son équipe ont identifié deux molécules capables d’inhiber de manière ciblée l’activation immunitaire induite par la voie cGAS-STING. Des découvertes prometteuses qui pourraient permettre le développement de nouveaux traitements pour lutter contre les maladies auto-immunes et certaines formes de cancer.
Article rédigé en partenariat avec la Fondation Bettencourt Schueller