le message puissant de l’astronaute Claudie Haigneré

paultensor
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Espace au féminin, Sophie Adenot, accessibilité, culture scientifique, cubesats étudiants : entretien exceptionnel avec Claudie Haigneré, première française à être allée dans l’espace ! Forte de ses deux vols spatiaux et d’une carrière exceptionnelle, l’astronaute nous communique ses conseils pour les jeunes et les jeunes filles en particulier.

Claudie Haigneré n’est pas seulement la première femme française à être allée dans l’espace. En plus de ses deux vols à bord de la station spatialestation spatiale russe MirMir et de la Station spatiale internationale, Claudie HaigneréClaudie Haigneré a mené une carrière importante en médecine. Docteure en neurosciences, elle devient peu à peu pilote de la médecine spatiale en France. Après ses vols, Claudie Haigneré intervient dans les missions de culture scientifique et devient ministre déléguée à la Recherche en 2002.

Aujourd’hui, Claudie Haigneré intervient partout pour promouvoir la culture scientifique. Elle est notamment marraine de la Cité de l’Espace à Toulouse, et marraine de la Fondation Van Allen, qui finance les activités du centre spatial de l’Université de Montpellier, à savoir des missions de cubesats (nanosatellitesnanosatellites) sur lesquels travaillent des étudiants (10 missions depuis 2012).

Futura : La représentation des femmes dans le monde du spatial reste toujours largement inférieure à celle des hommes. Mais voit-on tout de même des progrès ? 

Claudie Haigneré : On peut souligner que dans les sciences spatiales et les agences spatiales en général, des progrès ont quand même été réalisés ces quelques années. Si on regarde au niveau du Cnes, il y a presque une parité dans le comité exécutif. À l’Agence spatiale européenne (ESA), nous avons la directrice Sciences et la directrice Commercialisation qui occupent des postes influents. Je pense effectivement que ça bouge par rapport à un environnement autrefois exclusivement masculin. On voit émerger des femmes tout à fait talentueuses. Et pour les astronautes, hormis quelques exceptions comme les sept femmes du programme Mercury de la Nasa [sélectionnées en parallèle des premiers astronautes américains mais qui n’ont jamais volé, NDLRNDLR] ou encore de la première femme astronaute Valentina TerechkovaValentina Terechkova, c’est quand même dans ce XXIe siècle qu’on a vu se compléter un petit peu ce gap très important.

Pour prendre l’exemple de la France et de l’Europe, lors de ma sélection en 1985, seulement 10 % de candidatures étaient féminines. Lors de la sélection de Thomas Pesquet en 2008, c’était 14 %. Puis, en 2022, pour la sélection de Sophie Adenot, 24 % étaient des femmes, avec une sélection finale de pratiquement 50 %. C’est le cas aussi, bien évidemment, aux États-Unis, mais probablement pas le cas côté russe. En Chine, un effort est visible. Cette évolution est sûrement liée à une meilleure reconnaissance de la diversité des profils et de ce que les femmes peuvent apporter. Elle est aussi liée au fait qu’on ne cherche plus uniquement dans la catégorie des pilotes militaires, mais aussi du côté des ingénieurs, des chercheurs et autres diplômés qui participent à l’exploration spatiale.

Futura : On se doute que, comme vous, Sophie Adenot va jouer un grand rôle. 

Claudie Haigneré : Sophie a une personnalité tout à fait exceptionnelle. Certes, elle est pilote d’essai, mais elle a aussi un diplôme du MIT (Massachusetts Institute of Technology), elle est guitariste et prof de yoga. Elle a des qualités et aussi une générosité dans le partage. C’est formidable d’avoir quelqu’un qui parle à des jeunes filles avec cette lumière particulière dans les yeuxyeux, ce plaisir d’avancer à chaque pas, avec de l’exigence et de la rigueur. Elle donne cette bouffée d’enthousiasme et de plaisir à aller de l’avant. En plus de cela, elle est hyper sportive. Elle m’a raconté l’autre jour par téléphone qu’elle fait des balades à vélo avec les pompiers de Houston [rires]. Et c’est une bricoleuse hors pair. Ils la surnomment la « MacMac Giver » et la comparent à Don Petit [astronaute de la Nasa, NDLR]. Ce sont vraiment les qualités personnelles de Sophie qui vont en faire un exemple absolument formidable. Ça a déjà commencé. Je suis très fière quand elle me dit que je continue à allumer une petite flamme dans sa tête et je suis tellement heureuse qu’elle avance. Sa mission sera vraiment quelque chose d’important. 

Futura : Notre société a besoin de toujours plus de visages pour incarner l’exploration spatiale avec inspiration, à l’heure où la France manque d’ingénieurs. 

Claudie Haigneré : C’est vrai qu’à la fois les enseignants et les parents d’élèves ont envie de voir des figures scientifiques qui donnent du courage et de l’impulsion. Je donne de nombreuses conférences dans les classes et je vois que les élèves ont besoin de voir des choses qui font rêver et qui peuvent se réaliser. C’est hyper important, mais je pense aussi que la jeune génération a besoin de rêver à condition que cela ait du sens. Ce n’est pas l’utopie pour l’utopie, c’est l’utopie pour avancer, un rêve pour construire mais dans un chemin où l’on sait qu’il faut être responsable. Effectivement, aujourd’hui, on a besoin d’ingénieurs et de chercheurs, mais on a aussi besoin d’une culture générale scientifique. Il y a deux formes d’éducation, celle qui prépare (censée être faite à l’école) et celle qui inspire, que l’on retrouve dans les centres de sciences, tous ces lieux où non seulement on apprend, on découvre, mais on fait aussi. Et je trouve que c’est une chose importante aujourd’hui, la capacité de ces centres de sciences de faire fabriquer et « mettre les mains dedans », faire des projets en collectif.

Futura : Parmi les projets où l’on pratique, il en existe beaucoup en France ?

Claudie Haigneré : Avant de sortir de l’école, on peut déjà faire des choses comme des tirs de fuséefusée sonde avec le C’Space du Cnes. Puis il y a les cubesats et les centres spatiaux universitaires. On passe au niveau de l’ingénierie des nanosatellites. C’est essentiel parce qu’on a les mains dedans, on fabrique, c’est du savoir-faire et pas simplement des savoirs. Et là je pense que ça intéresse les filles. On peut même aider d’autres pays et d’autres systèmes éducatifs à acquérir ces compétences. C’est un moyen de faire valoir notre influence par notre expertise. J’ajoute qu’à Montpelier, les projets sont conçus autour de problématiques locales, comme la pollution de plastique en Méditerranée. Cela remet du sens dans l’aventure technologique du projet d’être utile à notre environnement proche. C’est important pour les jeunes d’ancrer le désir de contribuer. Donc, c’est un super apprentissage et longue vie à ces projets et aux Centres spatiaux universitaires (CSU).

Futura : Pour finir, avez-vous un message à passer aux lectrices ? 

Claudie Haigneré : Vivre sa vie. On sort peu à peu de l’idée où les jeunes filles étaient contraintes à un cadre que les autres définissent pour elles. Tous les métiers sont ouverts aujourd’hui. On a des outils à l’école, dans les centres de culture scientifique ou ailleurs pour se former et avoir de l’appétit et choisir sa vie. Et donc je leur dis d’oser choisir un peu leur vie et avancer. Ça ne va pas être facile, faut travailler, mais au moins ce sera votre vie.

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