Les États-Unis ne sont pas les seuls à viser Mars, la Chine aussi. La seconde puissance spatiale mondiale compte même parvenir à rapporter sur Terre des échantillons martiens avant la Nasa. Aujourd’hui, elle invite à lui proposer des partenariats internationaux autour de cette mission. Pourquoi ?
L’agence spatiale chinoise vient de lancer un appel d’offres international pour embarquer des instruments scientifiques à bord de sa mission de retour d’échantillons martiens Tianwen-3, en concurrence avec le programme américain MSRMSR qui peine à avancer. La Chine est en train de systématiser son ouverture aux partenaires étrangers à bord des différentes missions d’exploration planétaire. On fait le point sur les motivations.
Le monde à bord des missions d’exploration planétaire
La Chine est déjà allée sur Mars en 2021 avec la mission Tianwen-1 et son rover Zhurong. Et déjà, à ce moment-là, il y avait une collaboration internationale notable autour du spectromètre laser du rover, sur lequel a contribué l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse (Irap), qui a travaillé sur les instruments Chemcam et Supercam à bord des rovers martiensrovers martiens Curiosity et Perseverance de la NasaNasa.
Le saviez-vous ?
Après le succès historique de Tianwen-1 sur Mars en 2021, l’agence spatiale chinoise va tenter sa première récupération d’échantillons d’astéroïde avec Tianwen-2, ce que seuls le Japon et les États-Unis ont réussi à faire. Le décollage de Tianwen-2 est prévu en mai. Pour le retour d’échantillons martiens, beaucoup plus complexe, Tianwen-3 est composée de deux parties : collecte sur Mars et retour sur Terre. Décollage à partir de fin 2028 pour un retour d’échantillons d’ici 2031. Enfin, la mission Tianwen-4 compte envoyer deux sondes autour de Jupiter et d’Uranus.
Bien sûr, le principal partenaire étranger à la Chine est la Russie qui lui avait réservé une place pour la sonde Yinghuo-1 comme passager secondaire de la sonde Phobos-GruntPhobos-Grunt en 2012, mais le décollage a échoué. Depuis, la Chine envoie elle-même ses propres sondes planétaires.
La mission Tianwen-3 compte deux sondes qui décolleront séparément à partir de 2028 : un ensemble qui inclut un atterrisseur équipé d’un robotrobot à six pattes et d’un drone pour collecter les échantillons, un véhicule pour redécoller depuis la surface, puis un orbiteur martien ; le second décollage enverra une sonde qui viendra récupérer les échantillons en orbiteorbite martienne pour les rapporter sur Terre. La Chine propose de la place pour des instruments scientifiques étrangers à bord de cette dernière et à bord de l’atterrisseur.
Les nouveaux partenaires sur la Lune
Plusieurs fois, la Chine a emporté des instruments scientifiques européens à bord de ses sondes lunaires. De plus, l’Agence spatiale européenneAgence spatiale européenne (ESA) collabore en mettant ponctuellement à disposition son réseau d’antennes de communication. L’année dernière, le Cnes et l’Irap ont réussi à inclure un détecteur de radon à bord de l’atterrisseur de la mission chinoise Chang’e 6, la première au monde à avoir rapporté des échantillons depuis la face cachée de la LuneLune.
La Chine cherche à réunir de nouveaux alliés autour de son projet de base lunaire internationale ILRS. Depuis des années, le Pakistan se rapproche de la Chine, qui contribue fortement à développer son programme spatial en mettant en orbite plusieurs satellites, y compris un nanosatellitenanosatellite envoyé en orbite lunaire avec Chang’e 6. Prochainement, le Pakistan enverra un rover sur la Lune à bord de Chang’e 8.
Stratégie de « Soft Power » et sortie d’isolement géographique
Le rapprochement entre la Chine et le Pakistan, puissance nucléaire toujours en guerre avec l’Inde au CachemireCachemire, est fortement stratégique. Seule l’Inde peut avoir la prétention de détrôner la Chine en tant que première puissance d’Asie. Son programme spatial est riche et l’Inde compte également envoyer un astronauteastronaute sur la Lune en 2040.
L’Inde a également signé les accords Artemisaccords Artemis des États-Unis, un rapprochement politique entre l’Inde et l’Occident qui ne bénéficie pas aux Chinois. Pour rappel, la Chine vise 2030 au plus tard pour les premiers pas de ses astronautes sur la Lune.
Se rapprocher du Pakistan est un avantage pour la Chine dans cette compétition avec l’Inde. Mais c’est aussi un excellent catalyseurcatalyseur de collaboration géopolitique, car cela donne à la Chine l’accès à l’océan Indien. Ainsi, le premier astronaute étranger à voler à bord de la Station spatialeStation spatiale sera pakistanais.
Cette stratégie de soft power, la Chine compte bien la reproduire auprès d’autres puissances régionales en vogue dans le monde, notamment en Afrique et en particulier en Afrique du Sud et en Égypte, deux puissances spatiales importantes et courtisées par le monde entier, mais aussi en Thaïlande ou en Turquie, pays membre de l’Otan qui enverra aussi des rovers sur la Lune avec Chang’e 8.
Par ces rapprochements gagnant-gagnant, la Chine séduit de plus en plus de pays, ce qui réduit peu à peu l’hégémonie des États-Unis de Trump, pour qui Mars n’est plus une « top priorité ».