Pour l’être humain, vivre dans un climat gouverné par la présence de vastes calottes polaires est « normal », puisque la lignée humaine s’est entièrement développée dans cet état climatique plutôt froid. Or, comme le montre une nouvelle étude, cet état climatique n’est pas la norme quand on regarde l’histoire de la Terre. On observe au contraire la domination d’un climat chaud, avec une atmosphère riche en CO2. Notre climat actuel fait donc plutôt figure d’exception. Un comble pour les sociétés humaines, qui concourent de plus à accélérer la transition vers un climat plus typique pour l’histoire terrestre, mais pour lequel elles ne sont malheureusement pas adaptées.
Elles régulent notre climat et les courants océaniques, en plus d’être le refuge de nombreuses espèces. C’est un fait, les calottes polaires sont un élément essentiel de l’environnement dans lequel l’Homme s’est développé. Leur disparition aurait ainsi des conséquences climatiques majeures, modifiant de façon notable le monde dans lequel nous vivons tout en entraînant d’importantes répercussions sur nos sociétés. Et pourtant, en regard de l’histoire terrestre dans sa globalité, la présence de vastes calottes polairescalottes polaires semble plutôt être… l’exception !
L’histoire terrestre est dominée par un climat chaud
Force est de constater en effet qu’au cours des temps géologiques, la Terre a été soumise, la grande majorité du temps, à un climat plus chaud que l’actuel. Les quelques glaciationsglaciations globales qui ont marqué le Protérozoïque, couramment appelées épisodes Terre Boule de Neige, ont certes été spectaculaires, mais ne représentent qu’une fraction temporelle extrêmement minime face aux 4,5 milliards d’années d’évolution climatique de la planète.
Les études paléoclimatiques révèlent en effet que le climat terrestre a largement été dominé par un fort effet de serre. Durant ces longues périodes chaudes, les pôles étaient alors quasiment dénués de glace. La situation dans laquelle nous vivons est donc loin d’être la norme. La formation des calottes polaires résulterait d’ailleurs d’un heureux concours de circonstances, comme le révèle cette nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances.
Nous sommes dans une période froide qui n’est pas la norme à l’échelle de l’histoire terrestre
Durant le PhanérozoïquePhanérozoïque, qui représente les 538 derniers millions d’années, le climat chaud n’a été interrompu que par deux grands épisodes froids, dont celui que nous connaissons actuellement depuis 34 millions d’années environ. Or, les mécanismes qui ont permis leur établissement ne sont pas encore clairement compris. On sait qu’ils correspondent à des intervalles durant lesquels le taux de CO2 atmosphérique a été bas, sans que l’on sache cependant quelle est l’origine de ces chutes. Certaines hypothèses supposent que le taux de dégazagedégazage du CO2 par les volcansvolcans ou par la variation de l’intensité des processus d’altération des roches, via une évolution des surfaces continentales, pourrait être en cause. Dans l’étude, les chercheurs de l’université de Leeds avancent cependant, et pour la première fois, que la cause n’est pas unique, mais qu’il s’agirait d’une combinaison fortuite de mécanismes.
Grâce à un modèle numériquemodèle numérique reproduisant la formation des calottes polaires sur des périodes de temps géologiques, ils ont en effet pu mettre en évidence les différents facteurs ayant pu intervenir au fil du temps. Il s’avère ainsi que, par coïncidence, la période froide dans laquelle nous vivons est associée à un faible taux global de volcanismevolcanisme, et à une configuration continentale très éclatée, avec la présence de plusieurs grandes chaînes de montagnes. L’ensemble aurait ainsi participé à une forte réduction du taux de CO2 atmosphérique : les volcans émettant moins de CO2 qu’en temps normal, et les reliefs favorisant l’altération de la croûte continentalecroûte continentale et ainsi le captage de carbonecarbone atmosphérique via la formation de carbonate. La forte dispersion des massesmasses continentales permet de son côté le dépôt de grandes quantités de ces sédimentssédiments dans les océans, où le carbone est alors stocké pour plusieurs centaines de millions d’années. L’effet de serre ainsi diminué aurait alors permis la constructionconstruction de vastes calottes polaires.
Nous poussons le système climatique à retourner précocement vers un climat chaud
« L’implication importante ici est que le mécanisme de régulation climatique naturel de la Terre semble favoriser un monde chaud et riche en CO2, sans calottes polaires », explique Andrew Meredith, auteur principal de l’étude. La situation dans laquelle l’Homme est apparu et vit actuellement est donc exceptionnelle. « Nous pensons que cette tendance générale à un climat chaud a aidé à éviter des glaciations dévastatrices de type Terre Boule de Neige, qui ne se sont produites que très rarement, aidant ainsi la vie à perdurer et à prospérer », indique-t-il dans un communiqué.
Pour Benjamin Mills, co-auteur de l’étude, ces résultats peuvent nous aider à anticiper l’évolution du climat dans notre futur. « Nous ne devrions pas attendre que la Terre retourne éternellement à un climat froid tel qu’il était à l’âge préindustriel », confie-t-il.
Il est probable en effet qu’un retour vers un climat chaud, plus typique de l’histoire terrestre, s’effectue dans le futur. Or, nous précipitons malheureusement cette transition à cause de nos émissionsémissions de gaz à effet de serre. Naturellement, les choses auraient très certainement pris plus de temps.
« Nous devrions faire tout ce qu’il est possible pour préserver [notre état climatique froid], ajoute le chercheur. Et nous devrions être prudents avec certains discours avançant qu’un climat froid finira par revenir même si nous provoquons un réchauffement excessif avant de stopper nos émissions. La longue histoire de la Terre nous apprend qu’elle aime être chaude, mais ce n’est pas le cas de nos sociétés. »