L’oreille absolue permet à certains musiciens d’identifier une note sans aucun repère harmonique. Longtemps considérée comme une faculté réservée à ceux ayant reçu un entraînement musical dès l’enfance, elle aurait notamment été l’un des talents précoces de Mozart. Pourtant, une étude britannique récente, publiée dans le journal Psychonomic Bulletin & Review, remet en question cette croyance.
Des chercheurs de l’université de Surrey affirment en effet que l’oreille absolue peut s’acquérir à l’âge adulte grâce à un entraînement intensif. Pour tester cette hypothèse, ils ont suivi douze musiciens aux parcours variés, soumis à un programme de huit semaines.
Contrairement aux méthodes classiques qui insistent sur la hauteur exacte des sons, leur approche visait à affiner la perception des classes de notes, un élément clé du développement de l’oreille absolue. Afin d’éviter toute aide inconsciente par comparaison avec d’autres sons, les participants devaient s’appuyer uniquement sur leur perception interne. De plus, chaque exercice devait être validé plusieurs fois pour garantir la fiabilité des résultats et exclure tout succès accidentel.
Des résultats frappants
Alors que l’oreille absolue est souvent perçue comme inaccessible à l’âge adulte, les participants ont montré des progrès remarquables. En moyenne, ils ont pu identifier sept notes avec une précision d’au moins 90%, et deux d’entre eux ont atteint un niveau comparable à celui des rares individus naturellement dotés de cette aptitude, parvenant à reconnaître rapidement et avec justesse l’ensemble des douze notes de l’échelle chromatique.
Pour le Dr Yetta Wong, maîtresse de conférences à l’université de Surrey et coautrice de l’étude, ces découvertes sont une avancée majeure. « Nos résultats montrent que l’oreille absolue n’est pas un don réservé à une élite. Avec un entraînement adapté, les adultes peuvent développer cette compétence, au même titre que toute autre aptitude cognitive complexe », explique-t-elle dans un communiqué. Son collègue, le Dr Alan Wong, partage son enthousiasme. Selon lui, cette étude « redéfinit notre compréhension de la cognition musicale et de l’apprentissage », ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour les musiciens, quel que soit leur âge.
Pauline a l’oreille absolue. Elle entend les noms des notes de musique dans sa tête comme si quelqu’un les prononçait. La musicienne nous dit tout sur cette faculté ???? pic.twitter.com/CSbp82qWGg
— Konbini (@KonbiniFr) June 23, 2023
Ces découvertes pourraient bien révolutionner la formation musicale. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre subsistent.
L’apprentissage, une vraie solution universelle ?
Rien ne garantit qu’un entraînement rigoureux suffise à développer systématiquement l’oreille absolue, et il reste impossible d’évaluer précisément la proportion de la population qui en dispose, même parmi les musiciens. Ce débat entre inné et acquis continue donc d’alimenter la réflexion scientifique. Si l’oreille absolue était autrefois attribuée à l’oreille interneoreille interne, elle est aujourd’hui davantage associée au cortex cérébral. Certains chercheurs ont même évoqué l’existence d’un gènegène spécifique, tandis que d’autres, comme les Drs Wong, s’attachent à démontrer que l’apprentissage peut en induire le développement.
Une chose est certaine : l’oreille absolue demeure un sujet fascinant qui bouscule les certitudes scientifiques. Si cette étude suggère qu’elle n’est pas strictement innée, elle ne permet pas encore d’en comprendre tous les mécanismes. La perception musicale semble bel et bien modulable, mais jusqu’où peut-on réellement aller ? La frontière entre prédisposition et acquisition reste floue, et il faudra encore de nombreuses recherches pour percer les mystères de cette capacité hors du commun.