« On ne peut pas échouer car ça nous ferait revenir 20 à 30 ans en arrière »… et la pression est immense !

paultensor
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Que va-t-il advenir des échantillons martiens ? Le programme de la Nasa, Mars Sample Return, qui doit assurer leur retour sur Terre est fortement perturbé. Dans un entretien exclusif, l’astrophysicien Sylvestre Maurice, planétologue à l’Irap, nous rappelle combien ces échantillons sont importants.

Basé à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie à Toulouse, Sylvestre Maurice a supervisé la conception des spectromètres laser Chemcam et Supercam, installés sur les têtes des rovers martiensrovers martiens CuriosityCuriosity et Perseverance de la Nasa. Il a longtemps supervisé la science derrière les opérations des instruments (pilotés depuis le Cnes) et reste impliqué dans le choix des roches à rapporter sur Terre, actuellement collectées par Perseverance.

Sylvestre Maurice : La collecte avance super bien. On progresse dans notre diversité. On vient de prélever un très bel échantillon qui a une drôle de texturetexture. On ne le reconnaissait pas, on a même eu du mal à savoir si le porteporte-échantillon était bien plein. En l’éclairant et en regardant avec la caméra, on a pu vérifier qu’il était bien rempli. Maintenant, on est sorti du cratère, et il faut qu’on finisse de collecter la diversité. Et il faut les rapporter. Oui, c’est ça le défi maintenant !

Futura : Qu’attendons-nous des échantillons collectés une fois sortis du cratère ? 

Sylvestre Maurice : En fond de cratère déjà, on s’était fait surprendre. On a trouvé des choses qui étaient plutôt basaltiquesbasaltiques alors que l’on s’attendait à du sédimentaire. On en a trouvé en montant. Là, c’est encore très sédimentaire. Il y a d’autres structures qu’on est en train d’analyser. Moi, j’ai quand même un enseignement, c’est que ce n’est jamais exactement ce qu’on pensait depuis l’orbital. On a cet éternel problème de recoller les observations orbitalesorbitales et celles au sol. On a des gens chez nous qui font ça très bien ponctuellement, mais Mars n’en finit pas de nous surprendre.

Futura : Le 29 janvier, Perseverance a collecté son 26e échantillon. Qu’attend-on des prochains échantillons ? 

Sylvestre Maurice : On continue avec comme mot d’ordre la diversité des échantillons. Il nous reste aussi à prélever l’échantillon de l’atmosphèreatmosphère

Futura : Une partie des échantillons ont été déposés sur un site de secours en cas de panne du rover. Est-ce important si l’on ne rapporte pas tout ? 

Sylvestre Maurice : Imaginons qu’on en rapporte 30, avec les difficultés que l’on sait. Cela fait 300 grammes. Pour moi, c’est beaucoup, parce que l’unité de compte de la géochimie est autour de 10 milligrammes. Donc, on parle ici de 30 000 analyses potentielles. En fait, je voudrais battre un peu cette idée que 300 grammes, c’est peu. On a appris ça de l’école de la géochimie. On est très bon en géochimie en France, notamment grâce à Claude Allègre qui était un grand scientifique avant d’être un homme politique, il a fait naître une grande famille de biochimistesbiochimistes. Quelques milligrammes font l’histoire de la planète. On l’a bien montré avec les échantillons lunaires. Donc, on va avoir de la diversité et suffisamment de massemasse pour faire toutes les sciences. Maintenant, il n’y a plus qu’à les rapporter. 

Futura : Pour les rapporter, le programme MSR est en pleine effervescence… 

Sylvestre Maurice : On ne peut pas échouer, parce que ça nous ferait revenir 20 à 30 ans en arrière. On est très clair, ça a toujours été la priorité des planétologues. C’est le Graal ! On le dit et on l’assume. C’est très compliqué car il faut savoir redécoller de Mars et on ne l’a jamais fait. Il faut les attraper en orbiteorbite. La France est d’ailleurs au premier plan, puisque c’est à Toulouse que l’on fabrique l’Earth Return OrbiterOrbiter de l’Agence spatiale européenneAgence spatiale européenne [qui doit ensuite rapporter les échantillons de l’orbite martienne à la Terre, NDLRNDLR]. L’autre complexité, c’est la pollution planétaire et la protection de la terre d’un potentiel « Covid » martien (même si on pense qu’il n’existe pas) par principe de précautionprincipe de précaution. Pour l’instant, c’est un des éléments qui bloquent un peu le système, avec des solutions un peu tordues, comme les mettre en orbite autour de la LuneLune et les récupérer à l’aide des astronautesastronautes avec un grand sac pour les emballer. Tout cela montre que c’est très compliqué pour seulement 300 grammes qu’on espère faire revenir en 2035, alors imaginez pour un astronaute et son équipement…

Futura : Les tubes contenant les échantillons tiendront jusqu’au retour en 2035 ? 

Sylvestre Maurice : Oui sans problème. C’est très passif, ça a été assez bien calculé. Ils sont très propres, on n’est pas inquiets. Ils ne seront jamais recouverts de poussière grâce à un petit vernisvernis et on sait très bien où ils sont. Il y a peut-être une chimiechimie qui se développe dans la partie atmosphérique à l’intérieur. On n’y peut rien et c’est invariable pour tous les échantillons. Mais on les veut tellement que ce n’est pas grave. Mais, comme partout dans le spatial, c’est toujours plus compliqué et plus cher. Mais il faut le faire. Si c’était facile, on l’aurait déjà fait !

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